

"Quatorze ans de Mitterrand, dix ans de Chirac ! Un quart de siècle où le déclin s'est emballé !
Au cours de ces années-là, j'ai vraiment compris que ma France était en train de "ficher le camp" et que je risquais, de plus en plus, d'apparaître comme un dinosaure, un homme d'une espèce préhistorique comme on n'en fait plus.
Peut-être ne suis-je plus en phase avec cette époque, à moins que ce ne soit elle qui ne corresponde plus à l'idée que je me suis toujours faite de la vie et de la dignité de l'homme.
L'expansion économique, qui s'accélère à partir des années cinquante, marque un changement radical de société, aussi radical qu'a pu l'être l'apparition de l'électricité, de l'eau courante ou du téléphone. Changement radical parce qu'il apporte une prospérité, un confort matériel dont, enfant, dans ma ville de Lorraine, je ne pouvais même pas rêver.
Mais il y le revers de la médaille. Avec ce développement économique à marche forcée, qui a vraiment fait entrer la France dans le xxe siècle, apparaissent des symptômes inquiétants.
L'individualisme, le règne du fric, le profit à toute force, le chacun pour soi, une société où seuls les loisirs comptent et détournent beaucoup d'entre nous, les jeunes notamment, des valeurs d'effort et de combat.
Une société qui se contente d'être matérialiste, d'où l'esprit est absent, et qui donne comme but suprême à nos concitoyens l'accumulation de biens de toutes sortes. C'est ce que l'on appelle la société de consommation.
Dans ma jeunesse, à Toul, dans les années trente, l'achat était un acte réfléchi, pensé, souvent même exceptionnel. Les marchandises ne s'étalaient pas aux devantures des magasins, offertes à la vue de tous dans l'unique but de les tenter, les provoquer.
Les commerces, beaucoup moins nombreux qu'aujourd'hui, étaient modestes, très loin du clinquant actuel. Et ce que l'on venait y chercher, il fallait en quelque sorte le mériter, dans des magasins qui, de nos jours, passeraient pour des musées dignes d'être jetés aux oubliettes.
Je repense à ces papeteries, par exemple, dont l'odeur mêlée d'encre et de papier me poursuit encore. Sombre, en désordre, peut-être, mais où le patron connaissait parfaitement l'emplacement de la moindre gomme, du moindre crayon.
Que sont devenues les merceries que fréquentait ma mère ? Des merceries ! En trouve-t-on encore beaucoup aujourd'hui ? J'en doute. Pour le moindre bobinot de fil, il faut aller dans des grands magasins où on vous vend un lot de six bobines de couleurs différentes, dont vous n'avez pas besoin !
Ceux qui n'ont pas connu l'avant-guerre ne peuvent pas se faire une idée du choc qu'a représenté, pour des hommes de ma génération, le développement de ces commerces en tous genres, l'apparition des hypermarchés, où l'on trouve tout et en toute saison. L'expression choisie pour définir cette évolution, "société de consommation", est vraiment adéquate.
Seulement notre société y a perdu une partie de son âme et on a parfois l'impression que l'acte de vie le plus important, pour beaucoup de nos contemporains, c'est l'acte d'achat.
Aujourd'hui la sortie du week-end n'est plus le pique-nique en famille au bord de la rivière ou en forêt, ou la visite chez la grand-mère. Non, c'est plutôt la razzia à l'hypermarché bâti à la sortie de la ville dans un immense complexe de gros commerces et de fast-foods.
Ce n'est pas ce qu'on m'a enseigné, ce n'est pas dans ces valeurs-là que j'ai été élevé.
Ce bouleversement social, sans précédent, a provoqué un contrecoup: Mai 68. À en croire les jeunes leaders étudiants, on allait changer de société, jeter à bas tout ce saint-frusquin "petit-bourgeois".
Et on a vu ce qu'on a vu. Des illuminés, loin des réalités, coupés du pays dont les préoccupations étaient encore celles du travail pour profiter dans sa courte vie de la récompense méritée de ses efforts.
J'étais loin de France en 68. Mais je n'allais pas tarder à constater les ravages causés dans les esprits par ce printemps où cette "révolte" étudiante d'un nouveau genre allait transformer les esprits pour accéder, soi-disant, à toutes les prétendues libertés; liberté de ne rien faire, liberté de ne plus respecter la République et ses représentants, à commencer par ceux chargés du maintien de l'ordre.
Or, sans discipline, sans ordre, il n'y a plus de démocratie possible, donc plus de liberté !
C'est avec Mai 68 que, pour la première fois, des idées de subversion ont pu s'infiltrer dans la société avec une absence de réaction quasi totale de la part de cette même société qui paraissait tétanisée, assommée !
Les gauchistes prétendaient avoir le monopole de la liberté, de l'avenir, de la jeunesse et de l'intelligence. Ils jouissaient du prestige un peu romantique de tous les révoltés. Alors peu à peu, mais rapidement tout de même, un consensus mou s'est installé dans la société française. Pas touche à 68 ! Ce mois de mai est devenu un peu comme la Grande Guerre, ou comme la Résistance. Une référence obligée, qu'on ne peut contester sans passer pour un vieux réactionnaire, pour un "fasciste", pour employer l'insulte la plus prisée à cette époque.
Mai 68, la France en crève encore. Surtout depuis 1981, depuis l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand. C'est à ce moment-là que les quelques "résistants", bien faibles d'ailleurs, que notre société avait réussi à sauver, contre l'esprit de mai 68, ont baissé les bras et ont abandonné la bataille, donc abandonné la France.
1981 a pris la relève de Mai 68 pour l'installer comme la seule pensée officielle, bénéficiant de l'autorité du pouvoir. Mais quand on réfléchit un peu, on s'aperçoit que la plupart des meneurs de l'époque sont revenus en masse au conformisme social le plus traditionnel, ne rêvant que d'influence, de pouvoir, d'argent et de plaisir sans effort. Voilà le véritable héritage de 1968, quand on le passe au crible de l'observation et de l'expérience du temps.
Et même après les deux septennats de François Mitterrand, l'empreinte était profonde. Et Jacques Chirac n'est pas homme à lutter contre ce raz de marée des mentalités. Depuis sa première élection à la présidence de la République, il aura même plutôt contribué, par son immobilisme, à ancrer encore plus durablement et profondément cet état d'esprit dans la tête de nombreux Français, de plus en plus désemparés."
Marcel Bigeard


Jeudi 8 Octobre 1914
"Réquisitionnés par la Croix Rouge, la vraie, la société de secours aux blessés militaires, les enfants ont vendu des petits drapeaux belges pour les réfugiés du département, le dernier dimanche de Septembre qui fut superbe, comme tout l’été et tout l’automne jusqu’à présent. La vente marchait à merveille, chacun tenait à honneur de verser son obole pour secourir les Belges qui, on peut le dire, nous ont sauvés par leur courageuse résistance, et pour lesquels on ressent admiration et vive reconnaissance. Pour moi, je suis heureuse de voir cette monarchie, cette nation au gouvernement si catholique, faire l’admiration de tous et nous sauver, nous, la France. Aussi ai-je prêté volontiers à la Croix Rouge mes enfants comme vendeurs.
Dès 6 h ¼, les deux garçons en blouses marine de toile blanche, en culottes bleues, et les longs pans de rubans de leurs bérets blancs russes flottant dans le dos, les corbeilles enrubannés au cou, franchissaient, éveillés et délurés, la porte de notre grille. Ils n’étaient pas au bout de la rue que Thaddée avait trouvé acheteur. Peu après, il ramenait par ici son petit minois très débrouillard et très pénétré de sa mission, car il avait tout vendu.
Thaddée fait les délices de l’amiral de L. et de sa femme, qui ne se lassent pas d’admirer sa gentille mine et son air dégourdi, quand il s’en va seul comme un homme à la messe de 8 ou de 9 h en semaine. Quand je les rencontre chez Madame S., ils m’en font mille compliments, doux à un cœur de mère."

Davide Van de Sfroos, de son vrai nom Davide Bernasconi, est un chanteur et écrivain italien né en 1965 à Monza. Son nom de scène signifie « vivant de contrebande » en dialecte de la région de Come.
Né à Monza, Davide Bernasconi déménage à l’âge de quatre ans sur les rives du lac de Come. Adolescent, son premier groupe « Potage » joue de la musique Punk. Puis il décide de se lancer seul dans la musique et d’écrire ses textes en dialecte lombard. Il s’intéressera ensuite à l’une des variantes de ce dialecte propre à la région de Come. Ses chansons connaîtront bientôt le succès au travers de toutes l’Italie en particulier l’album « Manicomi ». Il va bientôt devenir l’un des symboles de Come dans toute la péninsule ainsi que dans le Tessin suisse. Depuis plus de dix ans, Bernasconi a sorti une dizaine de CD dont « Breva e Tivan » (nom de deux vents soufflant à Come), « E semm partii » pour lequel il gagna le prix du meilleur album en dialecte et dont il vendit 50 000 copies. En 2005 il enregistre l’album « Akuaduulza » et un DVD de ses concerts intitulé « Ventanas ». Son dernier cd « Pica! » est sorti en 2008. Il est demeuré 14 semaines parmi les meilleures ventes en Italie et il fut de nouveau couronné par un prix du meilleur album de l’année chanté en dialecte. Il participe régulièrement à l’écriture de chansons pour d’autres artistes italiens comme Flavio Oreglio, Francesco Baccini ou Enrico Ruggeri.
En plus de la musique, Bernasconi est aussi un auteur. En 1997, il publie son premier ouvrage : « Perdonato dalle lucertole ». Il sera suivi de « Capitan staff » en 2000 qui sera adapté au théâtre. En 2005, il publie « Il mio nome è Herbert Fanucci ». Davide Van de Sfroos en plus d’avoir fait la promotion de sa région et de son dialecte au travers de toute l’Italie a agi comme un pionnier permettant à d’autres groupes locaux de connaître le succès. Il est aussi connu pour son amour du football. Bernasconi est un supporter de l’équipe de Como Calcio. En 2007, il donna une série de concert pour le centenaire de son équipe.


Au centre-ville de Rome, des dizaines d’affiches de deux mètres par deux de Robert Brasillach soulignent le lancement par Casapound du projet artistique « Turbodinamismo ».
Rome s’est réveillée ce matin sous le regard Robert Brasillach, grand poète et écrivain français fusillé en 1945 et dont on célèbrera demain le centenaire de naissance. De la via del Corso à la Piazza Farnese, de la via del Babuino à la piazzale Flaminio en passant par la via Nazionale, la piazza San Calisto ou le Trastevere, la capitale s’est recouverte de centaines d’affiches du poète. L’action a été revendiquée par Casapound qui explique : « Dans la nuit du 29 au 30 mars, nous avons célébré dignement la naissance du « Turbodinamismo », nouveau-né des courants artistiques, lui-même lié à l’association pour la promotion sociale Casapound Italia (www.casapound.org), en collant des dizaines d’affiches arborant le portrait de l’un des plus grands poètes d’Europe, Robert Brasillach. »
Le poète français, auteur des désormais légendaires « Poèmes de Fresnes » mais aussi de « Notre avant-guerre », fut assassiné le 6 février 1945. Nous voulions rendre hommage à cet artistique génial et irrévérencieux. Nous aurions aussi pu utiliser l’image de Nietzsche, Bouddha, Evola, Debord ou dessiner la barbe de Marx. Nous n’excluons pas de le faire dans l’avenir. À ceux qui se demandent pourquoi nous faisons cela, principalement pour l’irrévérence, le goût de la boutade comme forme d’art. Nous revendiquons le droit au « beau geste », nous annonçons ainsi l’émergence des « Turbodinamisti », artistes bouffons autoproclamés fils de tous et de personne.


"Ungern-Sternberg était un fanatique, un mystique et un rêveur d'un type très rare en nos temps modernes, de plus soldat chevaleresque, un gentleman sans peur, dont l'image personnelle peut à peine être tâchée par son régime sanglant. Dans l'imagination populaire, Ungern-Sternberg a laissé une très forte impression. En de nombreuses soirées passées chez des paysans de la Sibérie orientale, j'ai entendu des contes qui commençaient ainsi : "kak my na barona pochli…" (quand nous partions en campagne contre le baron…) et qui décrivaient quelques épisodes de la légende attachée à son nom. À Nowo-Nikolajewsk, je rencontrais plus tard un docteur qui avait été le témoin du procès et de l'exécution du baron et qui me décrivit l'impression que son attitude intrépide et sa personnalité fascinante avaient fait sur les juges rouges. Même dans les motifs de la condamnation, ils ne purent s'empêcher de prononcer quelques mots d'estime personnelle ressentie pour cet adversaire singulier. À l'exception de ses méthodes sanguinaires et l'impression qu'elles laissèrent en Asie centrale, lesquelles ont presque produit un grand bouleversement, on peut le considérer comme la réincarnation du plus grand idéaliste de la littérature mondiale, le noble chevalier Don Quichotte de la Manche. Mais ainsi il n'en fut qu'une figure purement de parodie. Néanmoins, il écrivit un des chapitres des plus effectifs et relativement des plus glorieux de la contre-révolution russe, qui dans l'ensemble est une histoire plutôt lamentable."
Ruetger Essen (voyageur suédois), De la mer Baltique à l'océan Pacifique, Stockholm, 1924.

Cette verrière a vu dames et hauts barons
Étincelants d'azur, d'or, de flamme et de nacre,
Incliner, sous la dextre auguste qui consacre,
L'orgueil de leurs cimiers et de leurs chaperons ;
Lorsqu'ils allaient, au bruit du cor ou des clairons,
Ayant le glaive au poing, le gerfaut ou le sacre,
Vers la plaine ou le bois, Byzance ou Saint-Jean d'Acre,
Partir pour la croisade ou le vol des hérons.
Aujourd'hui, les seigneurs auprès des châtelaines,
Avec le lévrier à leurs longues poulaines,
S'allongent aux carreaux de marbre blanc et noir ;
Ils gisent là sans voix, sans geste et sans ouïe,
Et de leurs yeux de pierre ils regardent sans voir
La rose du vitrail toujours épanouie.
José-Maria de Heredia

Les Français, c’est bien connu, sont très peu syndiqués, mais ils manifestent tout le temps. Tout de même, trois millions de personnes dans la rue, comme le 19 mars dernier, on n’avait pas vu cela depuis longtemps. Ces derniers temps, les Français ont beaucoup de raisons de protester. Ils manifestent contre les projets de réforme de l’école, du système de santé, du système des retraites, contre la montée du chômage, les délocalisations, les fermetures d’usines et la baisse du pouvoir d’achat. Mais aujourd’hui, et pour la première fois peut-être, ils manifestent avant tout contre le système de l’argent.
On leur avait dit il y a quelques mois qu’on ne pouvait pas satisfaire leurs revendications parce que « les caisses de l’Etat sont vides ». Après quoi, lorsque les premières conséquences de la crise financière mondiale se sont fait sentir, ils ont vu l’Etat sortir magiquement d’on ne sait où des milliards d’euros pour soutenir les banques les plus menacées. On leur a dit en même temps qu’avec la crise, des centaines de milliards d’euros ou de dollars sont partis en fumée – de sommes d’un montant tel que nul ne parvient même à réaliser à quoi elles correspondent. Aujourd’hui, ils constatent que leur situation personnelle se dégrade, tandis que les grandes entreprises cotées en Bourse voient globalement exploser leurs profits, mais en même temps multiplient les licenciements. Ils voient les banques utiliser l’argent que l’Etat leur a donné pour octroyer à leurs dirigeants des bonus, des primes exceptionnelles, des stock-options et des « parachutes doré ». Ils savent que certaines catégories de « people » (des sportifs aux acteurs de cinéma en passant par les présentateurs de télévision) gagnent chaque mois des sommes qui excèdent de plus de cent fois leurs salaires.
George Orwell faisait de la « décence commune » (common decency) l’apanage des classes populaires. La contraire de la décence commune, c’est l’indécence publique. L’étalage de l’argent chez les uns, la misère grandissante chez les autres, relève d’une indécence qui n’est plus acceptée. L’essayiste Alain-Gérard Slama disait récemment que l’on est passé d’une société de défiance à une société d’indifférence. Ce n’est pas vrai. La défiance est toujours là : jamais le rejet des élites par le peuple n’a été aussi fort qu’aujourd’hui. Mais l’indifférence a cédé la place à la colère : les Français n’en peuvent plus de vivre sous l’horizon de la fatalité. Ce n’est plus l’envie qui les meut, mais le dégoût.
Il y a des causes objectives à leur mécontentement. Avec 90 200 chômeurs de plus au mois de janvier, et 80 000 en février, ce sont 375 000 demandes d’emploi supplémentaires que l’on a enregistrés au cours des sept derniers mois. On atteindra sous peu les deux millions et demi de chômeurs (trois millions et demi en comptant les personnes exerçant une activité réduite).
En 2008, le patrimoine des Français a également baissé pour la première fois depuis trente ans. Les classes moyennes inférieures (dont le revenu mensuel est compris entre 1100 et 1750 euros) sont en voie de déclassement, ce qui veut dire que, contrairement à ce qui était la règle sous les « Trente Glorieuses », des individus occupent de plus en plus fréquemment un statut social inférieur à celui de leurs parents : dans la France des années 2000, un fils de cadre supérieur sur quatre et une fille sur trois sont employés ou exercent des emplois ouvriers. Pour compenser cette paupérisation relative, les ménages ont longtemps eu recours au crédit, ce qui aggravait leur endettement. Ils n’ont même plus cette possiblité aujourd’hui, puisque le crédit s’est évaporé.
Le poids des dépenses « contraintes » (logement, électricité, téléphone, etc.) ou « incontournables » (alimentation, transports, santé, éducation), par opposition aux dépenses non contraintes (loisirs, habillement, équipement ménager, épargne) a pratiquement doublé depuis 1979. Il représente désormais près de 90 % du budget des plus pauvres et, fait nouveau, 80 % du budget des classes moyennes. Quant au prix des loyers, il a augmenté plus vite que l’inflation (+ 3,4 % par an contre 2,3 %), dans le contexte d’une flambée de l’immobilier, alors qu’un Français sur deux gagne aujourd’hui moins de 1600 euros par mois.
Du fait de la fragilisation du salariat, du déclassement scolaire et de l’accélération des processus de mobilité sociale descendante, la « question sociale » ne se situe plus à la périphérie, mais au cœur même de la société. La crise financière s’est bel et bien transmise à l’économie réelle.
Fait remarquable : l’opposition ne bénéficie que très peu de cet immense ras-le-bol. Les socialistes sont en grande partie discrédités du fait de leurs querelles internes et de leur absence de programme. Le parti communiste est devenu un fantôme. Olivier Besancenot a acquis une audience médiatique qui le rend très populaire auprès des « bobos », mais son nouveau parti n’a pas atteint ses objectifs initiaux. Le facteur vitupère les « patrons », mais se garde bien de leur reprocher d’utiliser l’immigration comme une armée de réserve permettant de peser à la baisse sur les salaires. Toutes les enquêtes électorales montrent que les couches populaires, et plus encore les « déclassés », tendent aujourd’hui surtout à voter pour les partis populistes de droite. Mais en France, les souverainistes sont divisés et le FN en phase terminale.
Face à cette agitation qui lui fait peur, car il craint de la voir se radicaliser, Nicolas Sarkozy affirme vouloir « moraliser le capitalisme », c’est-à-dire lui assigner des limites. Mais comment pourrait-on assigner des limites à un système qui, par définition, n’en admet aucune ? « Le capital ressent toute limite comme une entrave », disait déjà Karl Marx. Le capitalisme se déploie dans l’illimité, et la loi du profit n’a qu’un mot d’ordre : « toujours plus ! » – l’éternel paradoxe étant que le capitalisme cherche à vendre toujours plus à des gens à qui il enlève de plus en plus les moyens d’acheter. Le « capitalisme moral » est un oxymore.
Ce n’est pas encore la grande rupture, mais on pourrait bien y arriver. La façon dont les dirigeants mondiaux persistent à faire comme si le système financier mondial était seulement victime d’une panne passagère montre qu’ils n’ont toujours pas compris le caractère systémique (et historique) de la crise – une crise qui, plus encore que financière ou bancaire, est une crise généralisée du régime d’accumulation du capital – ni la nécessité de mettre en place un autre sytème financier international (qu’il s’agisse d’un retour à l’étalon-or ou de la création d’une monnaie de réserve mondiale autre que le dollar, comme le demandent les Russes et les Chinois).
La crise partie des Etats-Unis a déjà plongé le monde dans la récession globale (au 4e trimestre de 2008, on a enregistré une contraction du produit intérieur brut de 6 % aux Etats-Unis et en Europe, de 8 % en Allemagne, de 12 % au Japon, de 20 % en Corée du Sud). Ce n’est pas fini. La récession a maintenant toutes chances de déboucher sur une quasi- dépression. Le système bancaire américain est d’ores et déjà devenu insolvable, dans un pays dont le redressement exigerait la baisse de la consommation, la hausse de l’épargne et la réduction de déficits monstrueux. Les destructions d’emplois se multiplient partout, entraînant des troubles politiques et sociaux qui ne vont pas cesser d’enfler. Parallèlement, on assiste à une chute du revenu, de la consommation, de la production industrielle, des exportations, des importations, de l’immobilier et de l’investissement. Et l’hyperinflation menace.
Mais les dirigeants mondiaux se comportent plus que jamais en pompiers pyromanes. A la veille du sommet du G20, prévu pour se tenir à Londres le 2 avril, on les a vu condamner à qui mieux mieux le « protectionnisme », tandis que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, affirmait qu’« il ne faut surtout pas renoncer à la mondialisation ». Dans de telles conditions, la « nouvelle architecture financière globale » qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont appelée de leurs vœux n’est pas près de se mettre en place. Les Etats-Unis, qui cherchent à faire adopter un « plan de relance » consistant à faire partager au reste du monde le fardeau de l’enorme dette qu’ils ont accumulée, s’opposeront à toute nouvelle régulation. Le système mondial continuera à dépendre du cœur financier américain. Et le « capitalisme de basse pression salariale » (Frédéric Lordon) continuera d’écraser les travailleurs sous la double contrainte de la pression concurrentielle et de la pression actionnariale, avec comme seule possibilité pour eux de « s’en sortir » de travailler plus (sans revalorisation de l’unité de temps travaillée !) ou de s’endetter encore plus.
Certains observateurs prévoient à partir de la fin de cette année une rupture du système monétaire mondial qui entraînera l’effondrement du dollar et pourrait même aboutir à terme à une véritable dislocation géopolitique mondiale.
Alain de Benoist


Olivier Carré nous a quitté au guidon de son destrier métallique, une tragique nuit d'août 1994. Né en 1954, il avait fait ses premières armes au sein de la droite radicale avec une subversive participation au mythique journal Alternative (scénariste et dessinateur sous le pseudonyme de Square !). En 1979, il participe à la formation musicale " de droite " Science et Violence qui sort en 33 t cette année là (parmi les membres de ce projet expérimental, on note le nom de Jack Marchal, père du célèbre " rat noir "). Deux ans plus tard, il rejoint le GRECE au service duquel il avait déjà mis son immense talent artistique. Beaucoup d'entre nous ont encore en mémoire quelques couvertures d'Eléments qu'il avait agrémentés de ses dessins et huiles sur toiles : " Manhattan " (n°34), " Païenne " (n°36), " le meilleur des mondes " (n°37), " le travailleur " (n°40), " Friedrich Nietzsche " (n°45).
Lié d'amitié avec Guillaume Faye, il rejoint le groupe AVANT-GUERRE où dans un grand éclat de rire nietzschéen teinté d'insolence provocatrice et ludique, il va contribuer à la mise en place d'une mythologie futuriste, transfigurant l'immémoriale guerre des Dieux entre une Europe faustienne consciente d'elle-même et le système occidental américanocentré. Cette exaltante vision polémique de notre avenir a été diffusé sur-les ondes hertziennes des radios libres (Amplitude FFI et la Voix du lézard en 1983-1984) avec l'émission Avant-guerre et ses sonoramas légendaires (dont le fameux " scène de chasse en ciel d'Europe ") qui faisaient souffler un vent libérateur, aristocratique et libertaire sur la bande F.M. Durant l'automne 1985, sortait la bande dessinée Avant-guerre sur un scénario de Guillaume Faye et des dessins de Jean Marc et Eric Simon. Cette " saga des temps postmodernes " voyait s'affronter l'énigmatique et mystérieuse Fédération aux 113 provinces, immense empire euro-sibérien dominé par la firme géante Typhoone, et Cosmopolis, petite Europe occidentale minée par la décadence et le nihilisme.


"Je suis issu de la génération des combattants victorieux de 14-18. Mon père était chasseur à pied. Il a été blessé gravement à la jambe droite. Je me souviens qu’à son retour, il a fallu le réopérer. Je l’ai entendu gémir de nombreuses années. Cette souffrance l’a accompagné toute sa vie. C’est long, toute une vie ! Il m’a été très difficile, petit enfant, d’entendre, non seulement les hurlements de souffrance mais les petits gémissements quotidiens dès que mon père se déplaçait dans la maison, ces espèces de petits cris avec lesquels il fallait coexister.
J’avais une préceptrice dont j’ai gardé un souvenir éblouissant. C’était une veuve russe, son mari avait été tué pendant la guerre. J’ai reçu une éducation cosmopolite. Ma mère parlait allemand. Mais elle n’a jamais voulu que nous apprenions l’allemand, mon frère et moi. Notre cocon était l’amour maternel. Du père, j’étais fier qu’il ait contribué, comme les siens, à ce que la France fût elle-même.
Très jeune, j’ai eu la certitude que la France n’aurait pas gagné la guerre s’il n’y avait pas eu ces régiments innombrables qui se sont battus pied à pied avec un courage immense. Dans les valeurs les plus naturelles de mon enfance, il y avait tout d’abord le sacrifice de soi pour la patrie. Mon père me parlait souvent de sa guerre. Comme tous les combattants, il possédait des photographies prises dans les tranchées, qu’il me montrait lors de ses permissions. C’était un spectacle inoubliable qui m’a beaucoup marqué dans mon enfance. La boue, la misère. Et malgré tout, sur les visages, la sérénité. Ce qui comptait aux yeux de mon père était d’avoir su, tout au long de cette interminable guerre, demeurer un combattant d’honneur. J’ai vu, un jour, sortir d’un magasin du quartier de la Madeleine un garçon boucher qui appelait Papa par son prénom. Je les ai vus tomber dans les bras l’un de l’autre en pleurant. Ils avaient vécu des sacrifices et la fraternité qui les unissait était inoubliable. Je suis né en Hollande le 8 août 1914 au moment où les hostilités commençaient. Mon père a attendu ma naissance pour rejoindre son régiment. Dans mes souvenirs les plus lointains, je vois des uniformes. Mon père ne revenait en permission que lorsqu’il était blessé. Il souffrait un martyre mais il disait à ma mère qu’il était fier d’avoir servi. Ma mère m’a communiqué tout petit sa foi, et par-delà les apparences, les clefs pour comprendre la vérité de la vie. Elle le faisait par des gestes, par de nombreuses lectures. Elle m’a fait lire Don Quichotte à huit ans, ce qui n’est pas une mauvaise école. Nous passions l’été en Alsace avec mes oncles, mes cousins, mes cousins germains. Tous mes oncles avaient, comme mon père, fait la guerre durement et avaient payé très cher le fait d’avoir été fidèles à la patrie ! Passaient là des artistes, des intellectuels. Je me souviens par exemple d’Henri Bergson, de Georges Auric. J’étais avide de leur conversation, de leur ouverture d’esprit qui complétait mon éducation maternelle. Très tôt j’ai su la force de la ferveur. Celle de la foi se distingue de celle de la patrie mais au fond c’est la même.
Très jeune, j’ai su physiquement que nous avions conquis la rive gauche du Rhin avec le sang de nos pères. Lorsque, après les trois grandes marches du pacifisme mondial, la politique a conduit à rendre cette rive aux Allemands, ce jour-là, il fut évident pour moi qu’on signait déjà la victoire définitive de Hitler. Il est impossible de comprendre les cent mille morts de la campagne de 1940, la naissance de la Résistance, la terrible et mortelle aventure que fut la déportation si l’on ne martèle pas que nous avons crié de l’abîme pour que nous ne rendions pas la rive gauche du Rhin à Monsieur Hitler et que rien n’y a fait ! Or l’Allemagne s’est réarmée, ce qui a rendu le processus de la guerre inéluctable. Ceux qui l’ont provoqué, historiquement, portent une responsabilité très lourde vis-à-vis des martyrs (...). Seule la Cagoule s’est alors insurgée contre la République qui avait désarmé la France ! C’est comme ça. Cela vous fait sursauter mais c’est la vérité. J’entendais parler Eugène Deloncle. Ce polytechnicien, qui fit des études brillantes, aimait assez la France pour ne pas se taire. Il s’est jeté dans la bataille. Il entre à l’Action française en 1934. Il ne voulait pas que l’on rende la rive gauche du Rhin aux Allemands. C’était évident ! En nous désarmant, on nous condamnait. Les jeux étaient faits.
(...) Ma foi n’était pas seulement naïve mais aussi, très vite, assez intellectuelle. Elle impliquait le dessein de connaissance, si bien qu’elle m’a poussé en avant. Elle avait emporté en moi une adhésion profonde et probablement définitive. Je veux dire qu’elle me donnait Dieu. Dieu était là pour moi. Bien sûr, je savais que certains le contestaient mais les discussions que l’on pouvait opposer à la présence de Dieu et à l’idée de cette présence étaient pour moi, très jeune, des faux-semblants. C’était se refuser à l’évidence profonde. Les enfants comprennent tout, très vite, et passent insensiblement, progressivement, à une notion de Dieu plus profonde et moins tangible. Les Grecs, en donnant le même nom à la beauté et à la bonté, ont tracé pour toujours un chemin, que nous avons tous un jour retrouvé dans notre vie. Oui, l’idée de Dieu m’a préoccupé toute ma vie. En prison, je ne me suis pas interrogé sur Dieu mais sur moi. Quels qu’aient été les moments de désespoir que j’aie pu connaître ou pénétrer, parce que je pense souvent au désespoir des autres, j’ai toujours cru en Dieu et aujourd’hui encore je n’arrête pas de prier."
Pierre de Bénouville, entretien avec Laure Adler.