

Zentropa
Il n'est pas de bon ton de « prendre la défense » des militants d'extrême gauche arrêtés pour leur implication présumée dans le « sabotage » de diverses voies ferrées françaises. Il n'est même pas supportable, aux yeux de beaucoup, de simplement se pencher avec une certaine objectivité sur le traitement policier, médiatique et judiciaire qui leur a été appliqué.
Pourquoi ?
Tout d'abord, « parce qu'ils ne feraient pas la même chose pour nous. » Cela est certain. Les prétendus « libertaires » et autres pseudos « anti-système » en ont maintes fois fait la démonstration. Ils n'ont souvent pas assez de leurs deux mains pour applaudir la flicaille et les séides de la magistrature dès lors que les coups de ceux-ci pleuvent sur les épaules des militants nationaux et identitaires. Certains « militants citoyens », regroupés en officines de délation stipendiée, leur apporte même un concours précieux et enthousiaste.
Tout cela indiscutable mais étant des politiques, nous nous efforçons à débarrasser nos analyses du ressentiment, si fondé et justifiable que celui-ci puisse être. Ensuite, une telle analyse tendant à la neutralité est immédiatement vilipendée car dès lors que le mot « terrorisme » est lâché, on abandonne la dimension de la réflexion pour celle de l'émotionnel et même parfois de l'irrationnel. Le souvenir des boucheries barbares (et de leur mise en scène médiatique) qui ensanglantent régulièrement l'actualité, comme cette semaine à Bombay, est trop profondément ancré dans l'inconscient collectif pour qu'un soupçon de complaisance vis-à-vis des auteurs de ces actes meurtriers et odieux ne suscite légitimement l'effroi et le rejet de la part de la population.
Certes, mais, contrairement à ce qu'aiment à répéter à l'envie les gargouilles journalistiques, il n'y a pas qu'une différence de degré mais bien une différence de nature entre le dépôt d'une bombe dans un lieu public et le sabotage de caténaires empêchant des trains de rouler.
Par ailleurs, faudrait-il déjà que les prévenus soient coupables des faits qui leur sont reprochés, ce que le procès nous apprendra et non l'agitation médiatico-politique qui ne l'a pas attendu pour clouer au pilori et transformer en menaçants croquemitaines les membres du groupuscule au nom si théâtral de « comité invisible ».
Pour notre part, nous avons trop souvent souffert du piétinement de la présomption d'innocence pour en refuser l'application à nos adversaires.
Mais quel que soit le résultat de la procédure judiciaire, ce qui est certain, et qui devrait être la seule chose préoccupant le militant politique (puisqu'il n'y a eu aucune victime ni même de blessé suite à ces « sabotages ») est que toute cette affaire à été « instrumentalisée » par le pouvoir à des fins de stratégie politicienne. Il suffit pour s'en convaincre de penser à la multitude innombrable d'actes de vandalisme et de malveillance, parfois d'une extrême gravité (tirs d'arme à feu sur les wagons, obstacles placés sur les voies, bouteilles de gaz déposées sur des aiguillages…etc) qui sont l'œuvre des bandes ethniques banlieusardes et visent quotidiennement le réseau ferroviaire français sans susciter le même déferlement policier, la même célérité judiciaire, les mêmes mélodramatiques discours ministériels et surtout sans jamais être qualifiés « d'actes de terrorisme ».
L'intérêt du pouvoir à cette orchestration médiatique disproportionnée est multiple :
- Détourner l'attention du peuple de la crise et des véritables dangers du temps en un surexposant un, minime et immédiatement « contrôlé » par l'état, sauveur tout puissant.
- Décrédibiliser, en les criminalisant, les alternatives sociétales radicales (néo-ruralisme, commerce autogéré…etc.)
- A la fois montrer que « l'extrême gauche » peut-être elle aussi « dangereuse » et donc rendre plus délicate une « union de toutes les gauches » mais également renforcer, par contraste, l'image « bon enfant » d'Olivier Besancenot (qui s'est empressé de se désolidariser des « terroristes ») et donc encourager la progression de celui que les stratèges sarkozystes voient comme un clou dans le talon d'Achille du Parti Socialiste.
C'est au travers de cette mise en perspective qu'il faut se garder de trop hâtivement hurler avec les loups et surtout ne jamais oublier, même par réflexe « anti-rouge », que notre ennemi principal et irréductible est avant tout le système affairiste et mondialiste, destructeur des peuples et des identités, négateur des traditions et d'un mode de vie enraciné, ainsi que ses domestiques étatiques.
Les activistes anti-utilitaristes, jusque là fort cohérents dans leur rupture avec la société dénoncée, fourvoyés dans une action inutile et sans perspective ne sont ici que les idiots utiles du conservatisme bourgeois épuisé.
Comme nous le sommes, malheureusement, nous aussi parfois.



Ianonne et ses militants viennent de restituer aux Romains un nouveau bâtiment abandonné jusqu’ici aux spéculateurs. Cette nuit, une nouvelle occupation vient d’être effectuée par les militants de Casapound Italia. Le palace est situé au 1134 Via Cassia à Rome. Vingt-cinq familles romaines pourront bientôt s’y installer. Le porte parole du mouvement, Gianluca Iannone a déclaré à cette occasion : « Nous avons occupé. Nous sommes des citoyens de Rome qui vivent dans l’urgence de se loger comme tant d’autres romains. Les emplois précaires ou le chômage, les salaires de misère, les loyers exorbitants, les taux usuraires des banques enchainant les emprunteurs pour 40 ans, ont plongé des milliers de famille romaine dans la pauvreté. Le résultat? Le nombre d’expulsions à Rome est en augmentation croissante. En plus des drames familiaux que cela crée au quotidien, les gens sont obligés de s’exiler de plus en plus loin du centre voire dans les villes avoisinantes. »
Iannone a conclu sa déclaration en déclarant : « quand nous occupons ce logement, nous restituons aux citoyens romains un énième palace abandonné jusqu’ici aux spéculateurs. Nous donnerons ainsi un toit à 25 familles italiennes. C’est notre moyen de combattre cette injustice née d’un système économique gouverné par les banques et le grand capital. Nous refusons une Rome sans romains, une Rome sans identité. Casa Romana sera sous peu un espace à la disposition des habitants du quartier. Ce sera un lieu où seront organisées des initiatives culturelles, sportives et ludiques. Nous lancerons ainsi le message suivant : nous rebâtissons notre communauté et redécouvrons le sentiment d’appartenance. Les romains ne se rendront pas, nous n’abandonnerons pas notre ville! »
Casa Romana, in via Cassia n.1134, Roma.
Jean Fleury ou Florin, selon les sources, était un corsaire français. Sa gloire vint en particulier de la prise qu'il fit de trois galions espagnols en 1523, chargés de l'or Aztèque. Durant la guerre de 4 ans, Fleury servait sous les ordres de Jean Ango. Basé en Normandie, il naviguait loin de ses bases afin d'intercepter des navires ennemis. Nous en sommes encore aux balbutiements de la navigation transatlantique. Au début de l'année 1523, trois galions espagnols furent repérés au large des côtes portugaises, entre les Acores et le cap St Vincent. Florin les attaqua alors avec cinq navires. La flotte espagnoles venait de la Havane et se rendait à Séville. Elle transportait de l'or provenant des prises effectuées par Cortès lors de la conquête du Mexique. On ne sait pas si Florin était au courant des richesses que contenait la cargaison mais il engagea néanmoins le combat et captura les trois navires. En plus de l'or, Fleury ramena des animaux exotiques, du jade, des émeraudes, des perles ainsi que des masques ornementaux richement décorés. Ils furent offerts à François Ier.
Suite à cette déconvenue, l'Espagne décida de fortifier tous ses ports dans les Caraïbes pour les protéger d'éventuels raids. Pourtant, toutes les puissances européennes réalisèrent l'ampleur des richesses que l'Espagne ramenait du nouveau monde. Dès lors, le nombre de corsaire et de pirate va augmenter jusqu'à son apogée au 18ème siècle. L'année suivante, Fleury organisa d'autres expéditions contre les navires revenant du nouveau monde. Avec huit navires, il réussit à prendre possession d'une trentaine de bateaux espagnols et portugais en un an. Malheureusement pour lui, il fut capturé l'année suivante et emprisonné à Tolède avec deux de ses officiers. Jugé et condamné pour piraterie, il sera pendu en 1527.


Quand le dollar US perdra son rôle prépondérant dans les réserves monétaires mondiales parce que ses partenaires commerciaux fuient le billet vert, les Américains devront payer les Toyota en yen, leurs jouets chinois en yuan et leurs sacs Louis Vuitton en euros comme n’importe qui d’autre.
Cette tendance annonce une bataille de l’Atlantique entre l’euro et le dollar alors que l’Amérique voit se profiler son déclin. Il sera dès lors de plus en plus dur pour les États-Unis de contrôler cette désaffection vis à vis du dollar. Quand cela arrivera, tous ces dollars qui circulent dans le monde - dont les États-Unis ont émis deux fois plus que ce qu’ils avaient besoin pour leur économie interne – vont revenir sur leur territoire et stimuler une hyperinflation telle que l’a connu une fois le Brésil.

Zentropa
Si l’invité a des obligations envers ses hôtes, il est clair que recevoir n’en est pas moins un art. La capacité à se montrer hospitalier fait sans nul doute parti de notre culture depuis la nuit des temps. L’hospitalité, ce n’est pas seulement fournir une chambre, cela implique aussi de rendre le séjour de votre invité agréable, afin qu’il se sente le bienvenu.
Pour bien commencer, si vous devez aller le chercher à la gare ou à l’aéroport, soyez ponctuel. Personne n’aime attendre dans un hall en se demandant s’il est vraiment attendu. D’autre part, mettez les petits plats dans les grands. Vos amis sont en vacances, ils veulent se relaxer et bien manger. Ne les abandonnez pas chez vous avec pour seul repas un vieux pot de mayonnaise dans le frigo. Faites des courses avant leur arrivée. N’oubliez pas de nettoyer votre humble demeure de fond en comble, insistez en particulier sur la chambre d’ami en faisant le lit (avec des draps propres!). Si vos invités dorment sur le canapé, évitez de les abandonner seulement avec un vieux sac de couchage et le coussin des fauteuils en guise d’oreiller. Après un long voyage, incluant éventuellement un décalage horaire, de la qualité de leur sommeil dépendra la qualité de leur séjour.
Dans les règles éternelles de l’hospitalité, en particulier en France, le repas est un rituel très important. Même si vous n’êtes pas un grand cuisinier, faites un effort pour préparer un repas qui sorte de l’ordinaire. Des milliers de recettes sont simples et délicieuses. Mettez la table, sortez la vaisselle, achetez du vin. Le premier matin, réveillez-vous avant vos invités afin d’aller leur chercher des croissants. Bien qu’un invité bien élevé aura certainement une idée de ce qu’il veut voir, prévoyez tout de même des activités. C’est justement de voir des choses qui sortent de l’ordinaire, que seule une personne du cru connait, qui va rendre leur séjour inoubliable. Évitez tout de même d’organiser des activités qui déplairont du genre l’ascension du mont Ventoux pour votre ami asthmatique. Le mieux est de pouvoir les accompagner mais si vous ne pouvez pas, n’oubliez pas de leur expliquer clairement comment s’y rendre et éventuellement de prévoir le matériel dont ils auront besoin.
Tous les invités du monde ont toujours peur de s’imposer. Mettez tout en place pour faire disparaître ce sentiment. Même quand ce n’est pas le cas, faites en sorte d’apparaître joyeux de grimper pour la 12ème fois de l’année en haut e la Tour Eiffel. Si vraiment vous trouvez dur de camoufler vos sentiments, rappelez-vous qu’une visite est ponctuelle et qu’ils partiront un jour. D’autre part l’hospitalité est un échange, vous serez certainement très heureux d’être reçu à votre tour.


Le saint jardinier. Le patronage de ce saint, originellement plus populaire en France que dans on Irlande natale, est revendiqué par de nombreuses corporations. Il fut d’abord moine à Kilfiachra en Irlande. Puis il choisit volontairement de s’exiler sur le continent. Il voyagea jusqu’e, France où il fut accueilli par l’évêque de Meaux, saint Faron. Celui-ci lui offrit un terrain pour construire un ermitage à Breuil. Il construisit un hôtel pour les voyageurs là où se trouve maintenant la ville de Saint-Fiacre-en-Brie.
Fiacre était particulièrement célèbre pour ses talents d’horticulteur, nourrissant ses visiteurs avec de fabuleux légumes : il est le patron des jardiniers. Les légendes sur sa vie racontent que, lorsque Faron lui donné le terrain, l’évêque lui promit autant de terres qu’il pourrait en retourner en une journée. Au lieu d’utiliser une charrue conventionnelle, Fiacre utilisa le bout de son bâton pour sillonner le sol. Puis il travailla à écarter les ronces et les buissons. Ainsi, en plus de sa cellule et de son hôtellerie, il avait un jardin pour lui. Il était un peu misogyne et refusait aux femmes l’entrée de sa clôture. On donne même les détails des punitions infligées aux femmes qui auraient désobéi même après sa mort. On a peut être dans cette légende l’origine de son statut de patron de ceux qui souffrent de maladie vénériennes.
Quelques temps après sa mort, ses reliques furent transférées dans un tombeau à la cathédrale de Meaux. Ce fut un important centre de pèlerinage populaire au XVIIè et au XVIIIè siècle. On y a signalé de nombreuses guérisons miraculeuses, dont celle du roi Louis XIII, qu’Anne d’Autriche attribua sans discussion aucune à l’intercession de Saint Fiacre. La reine fit le pèlerinage en 1641, donnant plus de force au culte du saint. On l’invoquerait particulièrement pour plusieurs maladies, notamment les hémorroïdes, pour lesquelles il était tellement efficace qu’elles furent appelles le « mal de saint Fiacre ». A la porte de l’hôtel Saint Fiacre à Paris, sans doute ainsi nommé en raison de sa situation au départ de la route de pèlerinage vers Meaux, les première voitures à cheval à louer firent leur apparition en 1620. Ces équipages furent dès lors connus sous le nom de « fiacres ». Le mot est devenu un lieu commun dans la langue française. Fiacre fut vénéré comme un homme exceptionnellement saint, sage et surtout très charitable. Les artistes le représentent avec une bêche, parfois un panier de légumes, ou bénissant les malades et entourés de pèlerins.
Une élite n'existe, elle ne peut se pretendre une élite que par la générosité. C'est pour elle l'onction du baptême. On peut etre un spartiate quand on n'a pas reçu cette huile sur le front, mais on n'est qu'un spartiate. Sauver la cité, c'est nécessaire, c'est indispensable, c'est le commencement de tout: mais ce n'est que le commencement.
Celui qui est fort et qui veut l'être et qui est fier de l'être, il sauve la cité pour tout le monde: et notamment pour les îlotes, et pour les faibles et pour les boiteux et pour les infirmes, et pour ceux-la même qui crachent sur le fort lorsqu'il passe. II doit protection et justice: mais il doit savoir que protection est un mot qui n'a pas de sens, quand justice ne l'accompagne pas. II doit plus que protection et justice: il doit protection et amour, car protection est un mot qui n'a pas tout son sens, quand amour ne l'accompagne pas. Et il le doit a tout le monde, il n'y a pas d'exception. A ses ennemis, aussi, aux ennemis de la cité. Sans illusions. Car il doit savoir, de plus, le fort, et cela fait partie de son métier, que les hommes sont profondement méchants, profondements stupides, profondement ingrats.
Et qu'on leur doit justice et amour malgré tout cela, en sachant tout cela: et qu'on doit assurer leur bonheur, s'il se peut, malgre eux, connaissant leur sottise et leur ingratitude, sans les consulter et parfois meme en les contraignant. Que parfois on meurt dans cette tâche, et, souvent, couvert de boue et de crachats. Qu'il en a toujours été ainsi. Et que cela ne doit paas étonner ni arrêter. Car celui qui se croit orgueilleusement qu'il est d'une nature meilleure et plus généreuse que les autres hommes, il faut qu'il sache que c'est cela son métier d'homme. Et qu'il ne portera point de brandebourgs et d'épaulettes, mais cette tunique du devoir de générosité et d'amour, du devoir sans illusions, du devoir sans remerciement. Et ceux qui disent: "nous sommes prêts a faire ces choses", nous pouvons essayer de construire nos nations avec eux.
Maurice Bardèche



Zentropa
La première neige était tombée. Les boutiques obèses, aux vitrines encombrées d'une décoration agressivement multicolore sans doute achetée au poids à un importateur chinois, multipliaient les clins d'œil obscènes aux passants dont une moitié était déjà engoncée dans les lourds manteaux en laine de l'hiver tandis que l'autre livrait un ultime combat en n'ayant ajouté à la panoplie d'automne qu'un léger bonnet ou une timide écharpe.
Par habitude, il jeta un œil sur l'écran de son téléphone portable mais celui-ci ne sonnait presque plus, et encore moins quand approchait le week-end.
Pourtant, remontant la rue Sainte Catherine après une journée de travail rythmée par les petites vexations qui semblent être le sel de l'existence de tant de chefs de rayons, il aurait bien accepté n'importe quelle invitation à boire deux ou trois verres dans l'un de ce endroits chauds et bruyants où l'on oublie un peu l'inanité du temps perdu dans un boulot absurde.
Mais on ne l'invitait plus. Parce qu'il avait changé, disait-on.
Lui pensait s'être révélé à lui-même, avoir trouvé sa voie. Mais la rectitude de celle-ci rendait son choix insupportable à tous les abonnés aux détours et aux infinies bifurcations sur tous les sentiers de la facilité.
On sous-estime souvent la haine viscérale des petites gens pour la voie droite et ceux qui l'empruntent. Car chaque pas posé sur ce chemin difficile et lumineux est une preuve de l'existence, de la possibilité d'un autre itinéraire et la démonstration que leur appétence pour les impasses sordides n'est pas une irrémédiable facilité mais bel et bien un choix.
« Les braves Gens n'aiment pas que,
L'on suive une autre route qu'eux… »
Intemporalité de la poésie populaire… Rien n'a changé, si ce n'est la nature des « braves gens », petits bourgeois étriqués, pharisiens confits de fausse morale dans la chanson de Brassens, aujourd'hui petits jouisseurs lâches et irresponsables, gavés d'alcool et de drogue, l'infidélité et la trahison chevillés au corps.
A la confrontation avec la différence, la vraie, celle des valeurs et des buts, on préfèrera toujours la réconfortante chaleur de la meute des frères de médiocrité. Consanguinité de bordel, connivence du non-dit…
Au moins, dans ce cloaque rassurant, personne pour vous empêcher de confortablement trébucher une fois de plus, personne pour vous rappeler vos promesses et vos serments, pour interroger vos actes, pour être un obstacle entre vous et le champs d'épandage de vos désirs dévoyés…
Alors, pour préserver ce si précieux statu quo, on chasse l'intrus, celui qui, par sa seule présence, pourrait troubler ce bel équilibre de la faiblesse, cette impeccable solidarité du renoncement où chacun, par sa complicité ou sa passivité complaisante, est la bonne conscience de l'autre.
Par sa seule présence, oui. Car lui n'avait jamais rien dénoncé, jamais rien jugé, jamais rien imposé… Comme sa nouvelle religion lui avait appris, il s'était contenté d'aimer. Avec toute la violence, l'exigence et l'intransigeance du véritable amour.
Mais la simple idée de ce qu'il était devenu représentait une sorte de reproche permanent aux yeux des petits soldats du commun.
Celui qui, même silencieux, passe le joint sans tirer sur le mégot sacré gâche un peu le plaisir des fumeurs rassemblés.
Celui qui ne rit pas au récit des coucheries de l'homme marié est comme une ombre pesante sur l'autel de la vantardise et de la vulgarité.
Celui qui ne sert pas d'alibi à l'adultère est un mauvais camarade.
Celui qui essaye de lire plutôt que de tchater sur Msn ou d'exterminer des monstres du futur est un poseur est un prétentieux.
Celui qui donne du temps pour les autres est un imbécile et un niais.
Celui qui aime et admire sincèrement est un faible et un suiveur.
C'est ainsi. Et c'est pour cela que, perdu dans cette cité immense toute vibrionnante de vices et d'aspirations à ceux-ci, temple suprême d'une liberté confondue avec la plus plate soumission aux instincts, il marchait seul, grelottant légèrement dans son sweat ZZA.
Mais c'est aussi pour cela que, si cruelle que soit parfois la morsure de la solitude, si pesant que soit le fait de ne pas être conforme quand on a l'âge de tous les conformismes, il ressentait, au fond de lui, imperceptiblement, sans même bien savoir la formuler, la certitude que ce qu'il avait gagné était plus important, plus fort et plus profond que ce qu'il avait perdu.
Seules les feuilles mortes s'éloignent inexorablement de l'arbre.
