
"La droite qui professe souvent une conception "organique" de la société, déploie beaucoup d'énergie à faire l'apologie de l'ordre, sans voir que c'est une notion qui, par son exigence meme, recèle une forte part de mécanicisme -de normalisation artificielle. L'organique contient toujours une part de désordre; il est certes harmonie, mais sans cette homogénéisation qu'entraine le plus souvent l'instauration volontaire, extérieure de l'ordre. Ajoutons que les plus chauds partisans de l'ordre sont en général incapables de mettre de l'ordre en eux-memes. A titre de compensation, et pour se rassurer, ils veulent voir régner autour d'eux, à l'extérieur d'eux-memes, un ordre dont ils ne sont pas capables d'etre le lieu. Un peu comme ces ménagères qui, lorsqu'elles ont des problemes d'existence, se mettent invariablement à faire du rangement."
Alain de Benoist, Derniere année, L'age d'homme, 2001

Il y a deux ans disparaissait Giuseppe « Peppe » Dimitri. Né en 1956, il fut l'un des protagoniste des années de plomb et un des fondateurs des Lotta Studentesca et de Terza Posizione.
Peppe Dimitri commenca ses activités politiques au Lycée au sein d'Avanguardia Nazionale fondée par Stefano Delle Chiaie dans les années 60. A 15 ans, c'est un garçon réservé et frêle, excellent élève. En 4 ans, il va devenir un militant exemplaire, responsable du service d'ordre du mouvement.
Dès le milieu des années 70, la tension monte entre les camps politiques. À Milan, les communistes commencent à ficher systématiquement tous les fascistes à l'école afin de les dénoncer et de les isoler. Peu à peu, les deux camps s'affrontent. À Rome, la réaction est de grande ampleur qu'à Milan, les quartiers se recouvrent de slogans rendant reconnaissable leur couleur politique. C'est dans ce climat que Peppe devient l'un des plus jeune chef de la Capitale. Certains de ses camarades choisissent la ligne dure pour la lutte comme Giusva Fioravanti ou Franco Anselmi. Peppe est craint et respecté. Le frêle adolescent est devenu un jeune homme musclé et s'il a encore un visage de bon garçon, c'est un redoutable baguarreur. Il entraîne ses troupes au combat de rue tant pour la défense que pour l'attaque. Il se passione aussi pour la stratégie militaire et pour la guérilla urbaine.
En 1976, Dimitri, Roberto Fiore et Gabriele Adinolfi fondent Lutta Studentesca qui deviendra Terza Posizione en 1978. L'idée est de rajeunir la scène politique et biensûr de proposer une troisième voie entre capitalisme et communisme. Le 15 mars 1979, pour commémorer la mort de Franco Anselmi, décédé lors d'un vol à main armée une année plus tôt, un groupe déguisé en carabinier, volent le stock de l'armurie "Omnia Sport". Près de 70 pistolets disparaissent ainsi qu'une quinzaine de carabines et des munitions. L'action est revendiquée par NAR. Peppe Dimitri était de l'action. Il sera plus tard arrêté et condamné lourdement. Sa mère se suicide de tristesse lorsqu'il est accusé du meurtre d'un typographe dont il sera pourtant blanchi plus tard.
Le 23 septembre 1980, Adinolfi, Dimitri, Fiore et une quanrantaine de miltants font l'objet d'un mandat d'arrestation. Certains comme Fiore ou Morsello, se réfugient à l'étranger mais Dimitri est arrêté et demeurera en prison jusqu'en 1988.
En 1994, on le retrouve au sein de l'Alleanza Nazionale dont il devient l'un des responsables pour la région de Rome. Il termina sa carrière politique en tant que conseiller du ministre de l'agriculture, Gianni Alemano.
Les funérailles de Peppe Dimitri ne passèrent pas inaperçue. Des milliers de militants entouraient une foule de ministre, de parlementaires, d'ex terroristes, de supporters et d'anonymes.
Zentropa

Una volta, in un tempo strano e meraviglioso che mai potrà essere datato, esistevano degli uomini.
Oggi, meraviglia ancor piu’ grande, esistono solo cittadini.
Ebbene, il cittadino é superiore all’uomo visto che é piu’ o meno tutto senza essere esattamente qualcosa.
E’ un sogno, un pensiero diffuso, evanescente, un concetto che diventa ancora piu’ efficace e potente quando é inafferabile e quando puo’ insinuarsi dappertutto senza essere fermato.
Il cittadino non ha sesso, accetta il suo “lato femminile” quanto i suoi ultimi (e rari) resti di virilità.
Il cittadino non ha identità, ha una carta che ne porta il nome.
Il cittadino non ha doveri, ha dei diritti. Questi diritti sono “acquisiti” quindi incontestabili anche se sono diventati irrealisti o ingiusti.
Il cittadino non ha dei valori, ha delle “idee” che difende con passione soprattutto quando sono condivise da un numero importante dei suoi simili e convalidate dalle icone mediatiche che sorvegliano attentamente la sua esistenza.
Il cittadino é “tollerante”, questo significa che accetta tutto per paura di doversi battere pro o contro qualcosa.
Il cittadino non ha ideali ma una “coscienza sociale” che gli permette di giustificare moralmente le debolezze e i vizi della sua personalità.
Drogato, scansafatiche, infedele e vigliacco, il cittadino si proclama quindi “libertario”, “anti-capitalista”, “liberato sessualmente”, e “aperto”.
Il cittadino non rifiuta le norme, i piaceri e i simboli del consumismo liberale, rifiuta semplicemente con vigore gli sforzi richiesti per potervi accedere.
Vivere come un borghese e nello stesso tempo parlare come un rivoluzionario marxista é il sogno assoluto del cittadino.
Un tempo felice quello dei cittadini…Tempo dell’indifferenziazione, delle simpatiche contraddizioni, della “resistenza” maggioritaria, dell’originalità conformista, del vizio virtuoso e del coraggio senza pericoli e acronico (il “cittadino antifascista” come esempio archetipico e entusiasmante dell’”eroe dalla temporalità sfalsata”…).





"Les différences entre les hommes sont comme les timbres dans les instruments. Il n'y a de vrai concert que celui qui respecte les timbres. Le vrai concert est un concert d'orchestre. On appellerait utilement "universalistes" ceux qui affectionnent l'orchestre, par opposition aux "internationalistes" qui, eux, n'aiment que l'orgue, c'est à dire détestent les timbres, c'est à dire les différences, et ne pensent à rapprocher les hommes qu'en supprimant précisément ce qui fait qu'ils sont des hommes."
Charles Ferdinand RAMUZ


Ceux qui voient dans la charité un signe de faiblesse, un sourd venin intime menant à toutes les démissions et toutes les acceptations ont en réalité une interprétation dramatiquement moderne de ce sentiment merveilleux qu'ils confondent avec la guimauve misérabiliste et complaisante mise à la mode notamment par l'écoeurant phénomène dit du "charity bizness" et ses diverses métastases humanitarisantes.
La charité ne se réduit pas à l'aumône qui trop souvent ne sert qu'à s'exonérer sans effort de toute démarche véritablement et durablement charitable. La charité n'est pas plus le masochisme et la culpabilisation qui n'ont jamais effaçés ou rachetés les fautes commises. C'est encore moins la vénération des déviances et la déresponsabilisation des échecs unies dans une sorte de culte dévoyé de toute supposée "victime".
La charité est une quête immense et permanente du Bien, pour soi et pour l'autre, pour soi par l'autre, pour l'autre par soi. C'est une lutte constante contre les chaînes démoniaques de l'égoïsme, contre cette névrose mortifère qui tend à faire de l'individu sa propre fin. La charité, c'est une éclaircie dans l'étouffant brouillard de la solitude et de la peur mais c'est aussi une volonté farouche et sans repos de trouver la source de ces si sombres nuages pour enfin tenter de la tarir.
Ainsi ne doit jamais être confondu avec la charité le geste de "bonté" immédiat, souvent mis en scène, inconscient de ses conséquences futurs et dont le poids repose sur d'autres que celui qui l'accomplit. Si cette farce caritative peut, dans l'instant, sembler revêtir la tunique lumineuse de la noblesse de coeur, elle n'est en réalité que la miteuse défroque de la soumission aux conventions du temps et la démonstration de l'appétence narcissique à leur complaire.
Nulle charité, par exemple, dans la démarche de ces activistes gauchistes pro-immigration qui n'aiment rien plus que se voir comme des âmes généreuses tout en entérinant par leurs menées le plus abject des néo-esclavagismes et en préparant fort efficacement le terreau des sanglantes catastrophes à venir.
Donner à manger et à boire au migrant miséreux tombé à la rue tout en luttant parallèlement avec la plus violente énergie pour mettre un terme au gigantesque génocide ethno-culturel que représentent les flux migratoires massifs, voilà une forme véritable de charité. Car la première attitude sans la seconde n'est qu'une niaise et aveugle volonté de s'acheter à bas prix une conscience apaisée, tandis que la seconde attitude isolée de la première ressemble trop au froid calcul d'un coeur sec.

« Ernst Jünger est mort le 17 février 1998 à l’hôpital de Riedlingen en Haute-Souabe. Il est resté quelques jours en service de réanimation. Sa femme Liselotte, qui était près de lui, a essayé de comprendre ce qu’il voulait dire, mais en vain.
Ersnt Jünger avait habité a proximité de Riedligen depuis presque quarante-sept ans. En juillet 1950, il avait déménagé pour Wilfligen, un village comprenant moins de mille âmes. Il habita d’abord avec sa première femme, qui est morte en 1960, au château de Schenk zu Stauffenberg, baron d’empire et parent du conte Claus Schenk zu Stauffenberg qui avait perpétré un attentat contre Hitler. A cause de lui, les Stauffenberg de Wilfligen avaient été emprisonnés et soumis à un interrogatoire dans leur propre château. La famille Jünger déménagea au printemps 1951 dans une ancienne grande maison forestière, construction baroque datant de 1728, qui appartenait au château et était placée face à lui.
C’est dans l’église du château, Saint-Jean-Nepomucène, qu’a été célébrée une messe de requiem pour Ernst Jünger, l’après-midi du 21 février 1998. Dr Roland Niebel, curé du lieu, présida la cérémonie, qu’il concélébra avec un chanoine du diocèse de Rottenburg. Des délégués d’amicales de tirailleurs et d’associations des traditions militaires, vêtus d’uniformes multicolores, lui firent une garde d’honneur près du cercueil exposé. De la tribune de l’orgue, la petite-fille de Jünger chanta l’Ave Maria.
Ceux qui assistaient à la cérémonie funèbre, serrés dans l’église, et ceux qui avaient dû rester dehors posaient et reposaient – ce qui est compréhensible – une question : pourquoi le rite catholique ? Peut-être était-ce parce que les Stauffenberg de Wilfligen et l’église de leur château appartenaient à la confession romaine ? Jünger n’avait-il pas grandi dans une maison paternelle attachée au protestantisme libéral ? et, lorsqu’on lui avait demandé, alors qu’il avait un âge avancé, pourquoi il payait encore l’import d’église, n’avait-il pas répondu d’une manière remarquablement sèche : « Mais je suis conservateur ». Le jour de l’enterrement, presque personne ne savait mis à part la famille que, le 26 septembre 1996, c'est-à-dire en plein possession de ses forces corporelles et intellectuelles, Ernst Jünger s’était converti à l’Eglise catholique devant le curé du lieu, le Dr Niebel. L’archevêché de Munich-Freising confirma la conversion ».
Bernhard Gajek , « La onzième heure d’Ernst Jünger », Catholica, Printemps 1999, p. 98-99.
Derrière ta porte - Une émission RBN Paris
Mardi 1er avril 2008
Invité :
Karl Hauffen
Rédacteur à ID magazine, musicien, libre-penseur

La nuit dernière, la voiture d’Enzo, le responsable de Casapound Latina, a été incendiée.
Nous nous devons d’aider notre camarade afin qu’il puisse remplacer son automobile par un véhicule usagé, afin qu’il puisse continuer ses activités politiques, mais aussi ses études et son travail. Ceux qui ont commis ce geste l’ont fait pour l’intimider et parce que nous tenons la rue et que notre combat est juste. Ils ont pensé qu’il céderait.
Tous les groupes et communautés politiques ou bien les simples militants sont invités à aider notre camarade. Cet acte de solidarité face à cette action marquera la meilleure réaction possible.
Vous pouvez adresser vos dons au compte suivant « 4023600432255307 » à l’intention de Luca Caporilli en précisant qu’il s’agit d’un don pour Enzo de Casapound latina.
Au travail !


Le 8 mai 1954, à Genève, au moment où s'ouvrait la conférence internationale qui devait mettre un terme à 7 ans de guerre d'Indochine, on apprenait que la veille, à 13.000 km. de là, l'armée Vietminh du général Giap s'était emparée du camp retranché de Dien Bien Phu. C'était la fin d'une bataille qui depuis 56 jours faisait la une des journaux. Jamais pourtant jusque là, les Français ne s'étaient intéressés à cette guerre dans laquelle n'étaient engagés que des soldats de métier. L'Indochine, c'était si loin ! Et l'armée française était si sûre d'elle que personne ne pouvait imaginer le désastre qui l'attendait, lorsque six mois plus tôt, le 20 novembre 1953, soixante avions Dakota larguaient 2 bataillons de parachutistes sur un village perdu du Vietnam dont personne jusque là n'avait encore entendu parler.
Patrice Gelinet : Pierre Schoendoerffer bonjour ! Il y a 50 ans vous étiez parachutés à Dien Bien Phu avec une caméra des services cinématographiques des armées et pendant plus de 50 jours vous avez été le témoin de cette bataille. Vous aviez 26 ans. Quelle place dans votre vie et vos souvenirs occupent ses 51 jours passés à Dien Bien Phu ?
Pierre Schoendoerffer : Ca occupe une place capitale. Ca a été quelque chose d'exceptionnel et ce qui me reste c'est le mystère de cette capacité à résister, à contre-attaquer, à tenir une terre qui n'était plus la notre alors que nous savions que ce n'était pas quelque chose que nous allions garder. Non, nous étions partie prenante dans une guerre civile et il y a eu un flot d'héroïsme incroyable. Je pense que dans le subconscient de ces gens qui se sont sacrifiés il y avait l'idée que c'était un adieu, un adieu définitif et qu'il fallait payer le prix. Et le prix pour un soldat ce sont ses larmes, sa sueur et son sang.
PG : En novembre 1953 commence l'opération Castor.
PS : Moi je n'y ai pas participé. Il y avait deux bataillons : le 6eme de Bigeard et le 2/1 RCP de Bréchigniac. C'était les bataillons les plus renommés d'Indochine.
PG : Ils sont parachutés dans les positions du Vietminh, l'armée populaire du général Giap. C'est très loin de Hanoï, à 400kms environ et tout prêt de la frontière du Laos. Pourquoi l'armée française s'est-elle installée à Dien Bien Phu ?
PS : Il y a eu une réponse donnée par le général Navarre : les viets ne voulaient pas attaquer "le delta" (la région de Hanoï) car nos moyens concentrés leurs auraient coûté des pertes énormes et sans certitude de gagner, alors leur idée était de faire un énorme mouvement d'encerclement qui passait par le Laos et quasiment le Cambodge pour reconquérir toute l'Indochine. Ils considéraient que le Mékong était l'axe stratégique principal. Et la porte du Laos pour aller au Tonkin c'était Dien Bien Phu.
PG : Les informations françaises semblaient très sures d'elles et de l'avenir de Dien Bien Phu.
PS : Ca c'est de la propagande. Les aviateurs savaient très bien que le terrain d'avation dont elles disaient que c'était "un des meilleurs d'Indochine" c'est une farce. Les aviateurs savaient très bien qu'avec le temps de mousson, quand il faisait beau à Hanoï et que les avions pouvaient partir, il y avait une couche de brouillard sur "la cuvette"(de Dien Bien Phu). Donc c'était un terrain d'aviation très aléatoire.
PG : Et entouré par des positions qui portaient toutes des noms de femmes. Il faut rappeler que Dien Bien Phu était commandé par un colonel, qui passera général durant la bataille, le colonel De Castries et le colonel Pirotte qui commandait l'artillerie et qui affirmait qu'il n'y aurait pas de problème. On avait vraiment confiance en soi.
PS : oui je pense que l'Etat-Major avait confiance en lui, mais déjà au moment ou De Castries prend le commandement, l'étau se resserrait. Nos sorties ne pouvaient pas aller très profondément sans tomber sur une escarmouche. Au début de la bataille, Dien Bien Phu était plutôt un décor de théâtre qu'un camp retranché et solidement retranché.
PG : Giap décide, du fait qu'il n'ait pas toutes ses forces, de ne pas lancer une offensive tout de suite du fait que l'armée française y avait 12000 hommes. Mais la conférence de Genève était pour le mois de Mai.
PS : Il fallait qu'il marque un but sévère contre la France pour que sa position à la conférence de paix de Genève soit renforcée. Les armes obéissent à la politique.
PG : C'est la raison pour laquelle Giap mobilise toutes ses forces, 4 divisions d'infanterie et 1 division lourde, et des "coulies".
PS : Il y a eu "250 000 coulis" (bicyclettes vietnamiennes) qui transportaient par piste et par routes difficilement praticables et que nous bombardions avec notre modeste aviation, du fait que leur ligne de communication était étendue sur 600 kilomètres, tout le matériel. Ils ont fait un effort inimaginable.
PG : Oui c'était inattendu car ils ont transporté avec ces bicyclettes des canons qu'ils ont hissés et enterrés dans le cimes des montagnes entourant la position française.
PS : C'était un travail inimaginable. Une mobilisation de la population dans les zones qui leur étaient acquises incroyable. Et avec un esprit de sacrifice comme ces vietnamiens sont capables d'en avoir quand ils ont foi dans ce qu'ils doivent faire.
PG : le 13 mars 1954 ils reçoivent l'ordre d'attaquer. Vous êtes parachuté le 18 sur Dien Bien Phu. Dans quelle atmosphère étiez-vous ?
PS : J'avais passé 3 jours à Hanoï en embarquant dans les avions le matin pour être parachuté, mais les avions n'arrivaient pas à partir à cause de la mousson. C'est seulement le me jour que j'ai pu sauter avec des renforts du 3eme bataillon de parachutistes vietnamiens, un excellent bataillon. A Hanoï les gens pensaient qu'en 3 ou 4 jours Dien Bien Phu allait tomber, il y avait un pessimisme qui tranchait avec la métropole. On avait perdu un bataillon de la 13e DB à Béatrice, le lendemain un gros bataillon du 5/7RTA à Gabrielle, Anne-Marie tombe. En 3 jours les positions les plus éloignées de Dien Bien Phu tombaient.
PG : Evidemment ce que visent les canons du général Giap c'est le terrain d'aviation et petit à petit tout ravitaillement devient impossible.
PS : Le terrain d'aviation c'était la "voix sacrée", l'équivalent de la route de Bar-Le-Duc à Verdun durant la bataille de Verdun. Si on n'avait plus le terrain d'aviation, on ne pouvait plus rien évacuer, aucun blessé et les ravitaillements se faisaient par parachutage.
PG : A partir du 5 avril, les troupes du général Giap ayant subi tellement de pertes, celui-ci décide d'arrêter de les engager à découvert et il décide de construire une véritable toile d'araignée, un réseau de tranchées de 350 kilomètres. C'est une guerre qui s'est faite sous terre, si bien que vous n'avez pratiquement jamais vu les ennemis.
PS : On savait où ils étaient, on les devinait, mais on ne les voyait pas. Quelques fois leurs tranchées étaient à quelques mètres, alors on balançait des grenades quand on entendait du bruit mais on ne pouvait pas indéfiniment envoyer des grenades et ils avançaient en dessous d'une certaine couche avec une carapace de sac de sable. C'est un travail extraordinaire. Ils attaquaient la nuit.
PG : Les français aussi étaient enterrés. L'hôpital qui avait la présence de Geneviève de Galard, le médecin Grauvin ou Gindre entres autres.
PS : Ils ont tous fait un travail magnifique. Mais il y avait aussi dans chaque unité des antennes pour récupérer les blessés qui étaient devenus de faux petits hôpitaux. C'était terrifiant. Cette présence permanente des blessés et des morts, et ces choix tragiques que devaient faire les médecins (en fonction de la gravité et du temps pour soigner les blessés) étaient terrifiants.
PG : Les lettres de soldats sont bouleversantes.
PS : Elles me font penser à celles de 14-18. Mais en y pensant, je revois cette boue, cette terre rouge sang, et je me souviens être descendu d'Eliane 1 "la sanglante" qui était un des endroits les plus terribles. Quand on creusait il y avait des cadavres, il y avait une odeur inimaginable. Ne pouvant pas filmer la nuit avec ma caméra, je redescendais avec les blessés et les brancardiers trébuchaient sur les corps. Je vous parlais tout à l'heure du courage prodigieux des viets mais de notre côté il y a eu un courage prodigieux qui reste pour moi un mystère. Pourquoi tant de courage pour un adieu au final ? Et je voudrais rajouter qu'on peut retourner au Vietnam et les vietnamiens reconnaissent qu'il y a eu quelque chose d'incroyable et ils ont du respect pour nous.
PG : le 7 mai 1954 c'est la reddition des Français, sans drapeau blanc. Votre souvenir ?
PS : C'était à 5h30 de l'après-midi. Un temps magnifique. Il y avait eu un grand silence avant car pendant une heure ou deux il n'y avait plus de combat. On a reçu l'ordre de détruire nos armes et nos munitions. Et moi et les deux photographes avec moi (Jean Perrot et Daniel Camus) nous avons détruit nos appareils et toute une partie de nos pellicules en en gardant chacun un petit peu car on se disait "on va s'évader, il faut garder un petit peu de cette histoire". Personne ne nous avait donné l'ordre nous l'avons fait de nous même car nous étions des soldats. A ce moment là je n'ai jamais vu autant de soldats pleurer discrètement. A 5h45 les viets sont arrivés, ils savaient qu'ils avaient gagné mais ils étaient encore très inquiets. Celui que moi j'ai eu il avait un pistolet français, un Mac 49, il était surexcité. Il nous disait de lever les bras ou je ne sais pas quoi en vietnamien. J'ai vu Bigeard, il n'a jamais levé les bras. Très peu ont levé les bras et pas de drapeau blanc !
PG : Et pour beaucoup d'entre vous le plus dur allait venir, les camps de prisonniers vietminh.
PS : Oui on peut dire que les 3/4 sont morts soit sur la route soit arrivés dans les camps viets qu'on a dû construire nous même avec des"coup coup" qu'ils nous avaient prêtés. Pour nous amener les viets nous avaient fait passer par Eliane 1, c'était plein de boue... c'était d'une odeur...mais on était habitué. Et tout d'un coup on entrait dans la jungle et là c'était un air frais, on sautillait comme des ivrognes alors qu'on n'avait rien à boire si ce n'est un verre d'eau avec un 1/4 de sang car là où on prenait l'eau était tiré directement par les snipers. Je me souviens qu'un avion survolait de très haut et lâchait par-ci par-là non pas des vivres mais des médicaments.
2000 ans d'histoire - 7 mai 2004

« Les ciels magnifiques de novembre n’allument plus que des reflets douloureux dans nos cœurs, d’être incarcérés en un monde sans issue. Si nous nous souvenions de ce que nous sommes, notre vaste passé pleins d’aventures et l’imprévu que c’est d’être dans l’univers, ces belles fins de journées aux lumières glorieuses nous pousseraient à des actes de désespoirs ; soit à nous réunir en d’intraitables conspirations. Mais rien, nous baissons le regard et chacun rentre chez soi. »
Baudouin de BODINAT, La vie sur Terre. Reflexion sur le peu d'avenir que contient le temps où nous sommes, Edition de l'encyclopédie des nuisances, Paris, 1996
