




"Il est dix heures du matin. Je suis assis dans un bureau blanc et calme, en face d’un type légèrement plus jeune que moi, qui vient de rejoindre l’entreprise. (…) Sa médiocrité est épouvantable. Il n’arrête pas de parler de fric et de placements : les SICAV, les obligations françaises, les plans d’épargne logement… tout y passe. Il compte sur un taux d’augmentation légèrement supérieur à l’inflation. Il me fatigue un peu ; je n’arrive pas vraiment à lui répondre. Sa moustache bouge.
Quand il sort du bureau, le silence retombe. Nous travaillons dans un quartier complètement dévasté, évoquant vaguement la surface lunaire. C’est quelque part dans le treizième arrondissement. Quand on arrive en bus, on se croirait vraiment au sortir d’une troisième guerre mondiale. Pas du tout, c’est juste un plan d’urbanisme."
Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, J’ai lu, janvier 2004

"Ce monde n’est pas à respecter puisqu’il ne respecte plus rien. On peut cracher dessus en toute tranquillité."
Guido Ceronetti, La Patience du brûlé. Carnets de voyage, Albin Michel 1995

"La caractéristique essentielle de "notre époque" est de tout transformer en clichés, en schémas, en phrases. Les grands hommes ont dit leur mot. Il y a eu Schopenhauer et le "pessimisme" est devenu une phrase. Il y a eu Nietzsche et son "Antéchrist" s'est mis à hennir. Dieu merci, pendant ce temps on a cessé de lire l'Evangile, sinon la même chose serait arrivée.
Pas possible de sortir de là.
- Vous voulez le succès?
- Oui.
- Un instant. Nous allons vous préparer un cliché.
- Mais je voulais du sentiment. C'est à l'âme que je pensais.
- Excusez, mais nous n'avons que des clichés.
- Alors inutile... Je préfère partir. En emmenant ma pauvreté."
Vassili Rozanov, Feuilles tombées, Edition l'Age d'homme, 1990

1912. Mauritanie. Le lieutenant méhariste Psichari écrit :
"A Matalla, je passai quelques jours dans un extrême dénuement. Je n’avais plus rien à manger, et la provision de riz de mes hommes commençait elle-même à s’épuiser. Comme abri, je n’avais que l’arbre unique, qui dresse près du puits sa modeste frondaison. Nos seuls compagnons étaient des compagnie de corbeaux qui venaient se poser en cercle sur le rebord du puits. Assis gravement comme un conseil d’anciens, ils ne s’effrayaient même pas de notre approche… Parfois aussi, nous voyions un chacal fuir sournoisement de son trot effilé, les oreilles droites.
Malgré cette grande pauvreté, je n’ai pas conservé un mauvais souvenir des heures que je passais à Matalla, en attendant l’arrivée de mes bagages laissés en arrière. Ce furent des heures de douces rêverie, de vie ralentie, où défilaient avec paresse les milles beautés que j’avais entrevues dans mes voyages. Je ressentais bien qu’il m’en restait une sorte de malaise, et je souffrais de ne pouvoir mettre un peu d’unité dans cette dispersion. Mais je me disais :
« Il sera temps de me désoler, lorsque j’aurai retrouvé la froide Europe. Maintenant, laissons agir le silence. C’est un grand maître de vérité »
Ces grands espaces de silence qui traversent ma vie, je leur doit bien tout ce que je puis avoir de bon en moi. Malheur à ceux qui n’ont point connu le silence ! Le silence qui fait du mal et qui fait du bien, qui fait du bien avec le même mal ! Le silence qui coule comme un grand fleuve sans écueils, comme une belle rivière, pleine jusqu’au bord, égale !... Bien souvent, il est venu vers moi, comme un maître bien-aimé, et il semblait un peu de ciel qui descendait vers l’homme pour le rendre meilleur. Par nappes immenses, il venait du Ciel, des grands espaces interstellaires, des parages sans remous de la lune froide. Il venait de derrière les espaces, par delà les temps – d’avant que furent les mondes et de là où les mondes ne sont plus… Alors, je m’arrêtais, plein d’amour et de respect. Car le silence est aussi maître de l’amour.
L’absence de bruits est un grand repos. Mais le silence est plus. C’est une grande plaine d’Afrique où l’aigre vent tournoie, c’est l’Océan Indien, la nuit, sous les étoiles… C’était le silence qu’écoutait Pascal dans les nuits de Port-Royal, et c’est lui que parfois nous avons retrouvé dans les solitudes de l’Afrique. Nous connaissions à ces moments là, que c’était, hélas !, la seule chose qui nous vint de Dieu."
Ernest PSICHARI, Les voix qui crient dans le désert, (1912), Paris, Louis Conrad, 1941, p. 265.


"C'est dire que nos oeuvres nous dépassent et que le monde transformé par l'homme, échappe une nouvelle fois à l'intelligence, plus que jamais nous bâtissons dans l'ombre de la mort, la mort sera la légataire de nos fastes et l'heure du dénuement approche, ou nos traditions iront tomber, l'une après l'autre, comme de vêtements, nous laissant nus, afin que nous soyons jugés nus au dehors et vides au dedans, l'abîme sous nos pieds et le chaos sur nos têtes."
Albert Caraco, Bréviaire du chaos.



" - L'individualisme n'est pas humanité! Vous confondez; tout le monde confond tout. Vous trouvez que l'on tape sur les décadents? Sottises! Ils ne sont pas dangereux pour l'Etat; ils sont simplement inutiles, indifférents. Je suis persuadé qu'il n'y a pas de fossé entre le réalisme socialiste et les décadents. On a beaucoup discuté pour trouver une définition du réalisme socialiste. C'est un miroir auquel le parti ou le gouvernement demande: "Miroir, mon beau miroir doré, qui est le plus beau dans le monde entier?" et qui répond immanquablement: "C'est toi, le parti, le gouvernement, l'Etat, qui est le plus beau!" Les décadents, eux, répondent: "C'est moi, moi, moi le décadent, qui suis le plus beau." Ca ne fait pas une telle différence. Le réalisme socialiste, c'est l'affirmation de la supériorité de l'Etat: le mouvement décadent, c'est l'affirmation de la supériorité de l'individu. Les méthodes sont différentes, mais le fond reste le même: l'extase devant sa propre supériorité. L'Etat génial et sans défauts n'a que faire de ceux qui ne lui ressemble pas. Et le décadent en dentelles est parfaitement indifférent aux autres personnes, à l'exception de deux: avec l'une d'entre elles, il mène des conversations raffinés, avec l'autre il échange des baisers. Mais en apparence, le mouvement décadent, l'individualisme mènent le combat pour l'homme. En fait, ils n'en ont rien à faire! Tout comme l'Etat, les décadents ne se préoccupent pas de l'homme."
Vassili Grossman, Vie et destin



Alarmaaa 1.0, un cocktail explosif pour un non-conformisme qui sent le bon air.
Esthétique, engagement, réflexion, spiritualité. Un désordre apparent, des contradictions évidentes, une liberté certaine mais surtout une volonté de communauté.
Pour en savoir plus: http://www.alarma.fr/
Mercredi 27 février 2008
«Retour de flammes» de Gregor Schnitzler à 19h30.
Synopsis : Dans les années 80, militants alternatifs, ils squattaient à Berlin Ouest et ont voulu faire sauter l´ambassade américaine. La bombe n´a finalement pas sauté, le Mur est tombé, et eux ont changé. Mais quand le passé – et les flics – vous reviennent en pleine face, que reste-t-il de ses idéaux de jeunesse ?
Le film sera suivi d'un débat animé par Jean-Emile Néaumet.

"La Révolution française a donné de l'importance aux avocats, aux clercs de notaires et aux écrivains, bref à tous ceux qui autrefois mangeaient à la cuisine."
Dominique de ROUX

" - Quand la ville est animée c'est encore plus lumineux... Il y a les feux d'artifices...
Il l'écoutait en silence. Animée la ville? Toujours, en tous temps, à profusion. Les fêêêtes succédaient aux fêêêtes. Il semblait que la classe dirigeante en avait fait son artillerie lourde. On suggérait sans cesse au peuple abêti de nouvelles amusances... Et c'était le grand disguise international des pédés, et c'était la fête des musiques, la fêête du cinématographe, la fêêête des muliticulture, la fête des danses popopulaires, la fête de la mange-et-du-boire-sympa, la fête du travail et du grand refus, tout ce qui tam-tamise, tout ce qui négrifie, les fêtes guyanaises, les carnavals babeliques, les hallovaines anglo-saxes, les rédemptions sacrées, les festivals de "villes", de "culture urbaines", de "messages-banlieues", les intellec'transes d'infinis ghettos larbis, les minorités en folies, les alcolo-pride, les maso-pride, les branlo-pride à revendications récurrentes irréfragables, toutes choses-prétextes à exhibitions scéniques de théatreux barbus sous-Brechtiens anglosaxés et verbeux, impatients d'affirmer mille sortes de droits nouveaux exigeants implacables... Des droits au profit de minorités surgissantes toujours plus nombreuses, rageusement revendicatrices et accusatrices. Elle craignait surtout, Carlotta, les Réquisiciens, des qui, sous la conduite d'un curé homo, dénonçaient les logements trop spacieux à des hordes d'inidentitaires crouillards qui cherchaient à squatter... Des fêtes on n'en sortait jamais! sauf pour aller faire la grève... Si! Parfois l'orage dévastateur jeteur de trombe arrêtait tout. Alors on attendait la suite, toujours désastreuse, on comptait les victimes et on décrétait encore une grande fête de solidarité... La solidarité était servie à toutes les sauces. Elle remplaçait la religion, l'art, la lecture, le désir de chercher un sens à la vie. Pas la peine! Point nenni. Pourquoi chercher Dieu? De subtiles et nombreuses Associations existent pour vous, elles font votre siège, elles forgent votre pensée quotidienne, elles vous vendent à toute heure du jour de la justification d'exister.
Avant-hier justement s'était déroulée la grande fête homosexuelle trimestrielle pédéante, débraillée, travestie, vulgaire, saoule et hurlante de musique trépidale, sous un délire de bannières étoilées USA! USA! toujours les USA!
Les pédéants ne juraient que par la yankeesie. Ils se comportaient, consciemment ou non, à peu près tous, comme des agents américains. D'ailleurs, sans aucun doute, nombre d'entre eux l'étaient au vrai. De France, il n'y a plus trace. Ca comptait pas la France, pour ces gens là."
Jean Claude Albert WEIL, Franchoupia, 2000

Se siete alla ricerca di uno spettacolo piacevole, intrigante e nello stesso tempo divertente, osservate attentamente con quale velocità i nostri amici liberali, di solito grandi elargitori di perentorie lezioni di “realismo” e di “pragmatismo”, ricorrono ad una forma di pensiero magico, totalmente para-religioso, appena li si confronta alle piu’ evidenti contraddizioni della loro logica consumo-produttivista.
Di fronte all’aporia di una crescita illimitata in un mondo limitato, passano senza difficoltà, e assolutamente senza nessun imbarazzo, dal campo dell’argomentario a quello della formula magica.
“E’ vero, per ora di soluzioni non c’é ne sono ma siccome il genio umano non ha limiti, appariranno per miracolo quando avremo le spalle al muro”.
Penuria di petrolio, catastrofi ecologiche di tutti i generi, grave diminuzione delle speci animali e vegetali, esplosione dell’immigrazione…l’uomo divinizzato non si preoccupa di questi dettagli visto che, quando verrà il momento, il suo cervello potentissimo, che diventa ancora piu’ efficace quando é stimolato da drammi e difficoltà, troverà, di sicuro, le soluzioni giuste.
Le sacrosante automobili andranno ad acqua, le scorie nucleari saranno sotterrate su Marte, Parigi sarà costruita su palafitte e il teletrasporto risolverà quasi tutti i problemi creati dall’immigrazione perché permetterà a Bakaba di lavorare di giorno nei magazzini Bouygues della periferia parigina e di rientrare tutte le sere a dormire con la famiglia nel suo villaggio a nord d’Ouagadoudou.
Constatiamo che sono le stesse persone che, con un ghigno sprezzante e desolato, ti chiamano “utopista” e “gentile sognatore” quando pretendi trovare un’alternativa al turbo-capitalismo disumanizzato e voler costruire una società basata sull’Ordine, la Semplicità e la Giustizia sociale.
Un cazzotto per tutti quelli che pretendono che i liberali non hanno il senso dell’umorismo…

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