




- Le refus du monde unipolaire ;
- La revendication du principe de l’autodétermination des peuples ;
- La défense de la dignité humaine, de l’environnement et de la nature contre les agressions du mercantilisme et de la société de consommation ;
- La récupération de la dimension sociale et communautaire contre l’individualisme et l’atomisation ;
- L’opposition à tous ceux qui estiment que l’avenir peut se passer de la volonté humaine, en tant qu’il serait le résultat d’un déterminisme économique ou d’un processu automatique gouverné par la technique ;
- Le rejet du faux réalisme des explications matérialistes des actions humaines fondées sur une vision appauvries de l’homme, qui ne vit pas que de pain et de jeux ;
- La conviction que l’homme a, selon le mot de Schelling, le pouvoir de déterminer les déterminations » ;
- le rejet du mirage centriste comme cimetière de l’idée, du conflit, de la différence.
Telles sont les prémisses qui rendent possible, aujourd’hui comme hier, le dialogue entre non-conformiste de droite et de gauche.
Arnaud IMATZ, Par delà droite et gauche. Permanence et évolution des idéaux et des valeurs non-conformistes, Paris, Godefroy de Bouillon, 1996, p. 11.

[NDLR. Cette interview a été réalisée en février 1994 par la rédaction d'"Eglises d'Asie" à la base de Manerplaw, quartier général de l'armée karen en lutte contre le pouvoir central à la frontière de la Thaïlande. La base de Manerplaw abrite aussi, sous la protection de l'armée karen, des délégations de toutes les minorités ethniques de Birmanie ainsi que le gouvernement légitime élu de Mme Aung San Suu Kyi et le comité exécutif du mouvement des jeunes moines bouddhistes.]
Benjamin, vous êtes l'un des dirigeants du mouvement karen en lutte armée contre le pouvoir central birman depuis plusieurs décennies. Pouvez-vous nous en dire plus sur vous-même ?
Je suis juge en dernière instance de la Haute Cour instituée par le gouvernement karen résidant à Manerplaw. Depuis quelques semaines je suis aussi vice-président de l'organisation de jeunesse karen (Karen Youth Organisation) qui a été fondée en 1989. Je suis catholique, issu d'une famille catholique de Thunze au nord de Rangoon. J'ai commencé mes études au petit séminaire de la capitale. Je me souviens d'ailleurs, étant enfant, avoir connu des prêtres des Missions étrangères de Paris, qui étaient dans notre paroisse avant l'expulsion en 1966 de tous les missionnaires étrangers. L'année dernière je suis devenu président de la communauté catholique dans les territoires protégés par l'armée karen.
Comment avez-vous rejoint l'insurrection ?
A la fin de mes études de droit à l'université de Rangoon, en décembre 1978, je n'ai même pas attendu les résultats des examens pour rejoindre l'armée nationale du peuple karen. J'avais profondément conscience que notre peuple était opprimé depuis trop longtemps, que nous avions été trop souvent trahis et que la seule manière de nous défendre contre l'hégémonisme birman était la lutte armée. Dans la mémoire de mon peuple, les massacres commis par les Birmans contre les villages karens au moment de la décolonisation restent extrêmement vivaces. D'ailleurs l'armée karen n'était à ses débuts qu'une milice d'auto-défense contre la volonté de purification ethnique des Birmans. Aujourd'hui encore vous pouvez constater vous-même que l'armée birmane entretient une pression très forte sur les villages karen du delta ainsi que sur ceux de la frontière. Récemment, nous avons mené une opération militaire dans le delta et nous ne sommes passés que dans des villages birmans en évitant les villages karen...Pourtant, l'armée birmane n'a pas touché à ces villages et s'en est pris uniquement aux villages karen de la région où elle a emprisonné plusieurs dizaines de personnes.
Vous êtes catholique. Comment réconciliez-vous votre foi chrétienne et votre engagement dans la lutte armée ?
Au début je ne me suis guère posé de questions. Ce qui me motivait c'était la passion pour que justice soit faite à mon peuple. Cela me suffisait. Plus tard, je me suis posé d'autres questions et je me suis aussi un peu formé dans ma foi chrétienne. Je me suis intéressé à la théologie de la Libération. Je me suis rendu compte qu'il y avait un lien étroit entre le combat pour la justice et la foi chrétienne. L'amour du prochain et l'amour de Dieu sont un seul et même commandement. Mon prochain le plus proche c'est le peuple karen.
Vous êtes président de la communauté catholique. Vous avez fondé une école primaire et un pensionnat catholiques. Bientôt il y aura une église...
Oui. Jusque très récemment les catholiques n'étaient pas du tout organisés alors que les bouddhistes, les adventistes du septième jour, les baptistes étaient tous bien organisés avec leurs écoles, leurs temples, leurs foyers.
Nous avons voulu montrer que les catholiques aussi étaient présents et nous avons voulu donner une certaine visibilité à notre communauté. Par ailleurs, cette école et ce pensionnat sont très utiles pour les enfants catholiques qui n'ont pas autrement accès à l'éducation et cette église rassemblera plus de 250 fidèles. Nous sommes fiers d'être catholiques et nous essayons de le montrer par ces bâtiments que nous avons construits pour le service de la communauté.
Quel est le regard que porte l'Union nationale karen qui forme le gouvernement sur les religions et l'Eglise catholique ?
Pour l'Union nationale karen, qui rassemble plusieurs partis, toutes les religions sont sur un pied d'égalité et toutes sont les bienvenues : baptistes, adventistes, catholiques, bouddhistes et animistes bénéficient d'une liberté religieuse totale. L'Eglise catholique est particulièrement bien considérée parce qu'elle a été la première en Thaïlande à s'occuper efficacement des réfugiés karens, service qu'elle continue encore aujourd'hui avec d'autres organisations chrétiennes par des distributions de riz dans les camps.
Mais les baptistes n'ont-ils pas tout de même une influence plus importante que les autres religions ?
Cela a été longtemps vrai. A l'origine de l'insurrection karen et des milices d'auto-défense on trouve en effet beaucoup de pasteurs baptistes.
Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. D'ailleurs le général Bo Mya, président de l'Union nationale karen, est lui-même adventiste, et le premier ministre du gouvernement, Saw Basein, est anglican. Ce qui est vrai par contre c'est que la plupart des dirigeants de l'Union nationale karen et des officiers de l'armée sont chrétiens. Dans les milieux dirigeants on trouve peu de bouddhistes et d'animistes.
Haïssez-vous les Birmans ?
Je ne crois pas avoir de haine dans le coeur. Je veux simplement que mon peuple jouisse des mêmes droits que les autres dans une fédération de Birmanie qui respectera l'identité des nationalités historiques du pays telles que le peuple karen et qui leur permettra de se gérer elles-mêmes.
Nous ne rendrons les armes que quand cet objectif sera atteint. Nous avons été trompés et trahis trop souvent.

Zentropa
Si l'on demande à nos concitoyens à quelles valeurs ils sont particulièrement attachés, figureront très certainement dans les toutes premières réponses le « respect » et la « solidarité », c'est-à-dire deux concepts entraînant une façon d'être qui a totalement disparu de leur quotidien mais qu'ils aiment à garder dans leur panthéon d'idées désincarnées comme on aime conserver dans un coin du grenier les cendres d'un ancêtre dont on a dilapidé l'héritage.
Car nos contemporains n'aiment jamais tant les idées que lorsqu'elles sont générales, évanescentes et surtout lointaines.
Ainsi ils manifesteront plus facilement pour soutenir les bonzes birmans qu'ils n'aideront une vieille dame à porter ses paquets et ils pleureront avec une touchante conviction sur la terrible pollution du sol des Antilles tandis qu'ils ne se soucieront jamais de la pollution sonore que leur chaîne hi-fi inflige à leurs voisins à longueurs de soirées.
Il ne s'agit pas ici d'opposer stupidement deux « formes » de solidarité qui peuvent très bien s'additionner mais de souligner la tartufferie qui consiste à se complaire, avec moultes pompeuses déclarations, dans la première, pour pouvoir s'exonérer en toute bonne conscience de la seconde.
Car la solidarité au quotidien, la solidarité de « proximité » pourrait-on dire pour employer un mot à la mode, réclame une constance, des efforts, une humilité et un désintéressement devenus totalement étrangers à la nature de l'occidental moyen.
Hors de spectaculaire, du grandiloquent, de l'événementiel de la charité, de préférence exotique et permettant d'exhiber comme un étendart valorisant sa « préoccupation humanitaire », point de salut !
Une fois encore seul le discours compte et les mots n'ont plus d'autre incarnation que le bruit qu'ils produisent.
Le psittacisme intellectuel règne en maître et l'on peut ainsi observer, par exemple, ces gorupes de jeunes gens qui votent « écolo » avec un bel enthousiasme « citoyen » mais fument tels des pompiers dans la salle d'un restaurant sans se soucier le moins du monde des tablées avoisinantes. Ils sont « grandement inquiéts » pour la santé de la planète mais se contrefoutent totalement de celle de leurs commensales.
On se préoccupe ainsi d'autant plus de « l'autre » qu'il est « ailleurs », loin si possible, et que le sacro-saint « respect » qui lui est dû, proclamé avec des trémolos haletants dans la voix, ne nous oblige concrètement à rien, ne restreint d'aucune façon notre égoïsme j'm'en foutiste et notre hédonisme de tous les instants.
Avoir une pensée émue pour les enfants-esclaves des usines chinoises, signer une pétition pour le prisonnier d'une geôle lointaine, « dessiner un arbre pour aider la planète à respirer »… fort bien ! Cela ne mange pas de pain…
Mais éteindre son téléphone portable dans les lieux publics pour ne pas gêner celui qui travaille, lit ou se repose, céder sa place dans le métro, être poli et aimable avec ses collègues et ses subalternes, proposer de faire les courses de la voisine impotente, ne pas écouter de la techno jusqu'à 5 heures du matin quand l'ouvrier qui loge dans l'appartement mitoyen tente de dormir… alors là non ! C'est insupportable ! Une odieuse atteinte à cet individualisme pathologique auquel nous osons donner le nom de liberté !
A l'heure des « campagnes de soutien internationales », tendance Florence Aubenas et Ingrid Bettencourt (Ha, voilà des causes à notre mesure ! Dignes de nos belles consciences immenses et universelles !), à base de randonnées en rollers, de cocktails, de concerts et de lâchers de ballons (c'est-à-dire « je jouis, comme d'habitude, de tous mes petits loisirs bourgeois mais je leur accole une référence tragique ou politique qui me donne le sentiment d'avoir fait quelque chose tout en restant dans le domaine du ludique et du festif, horizon indépassable de la post-modernité…), les petites choses, les actes modestes posés chaque jour dans le silence de l'anonymat sont ignorés ou raillés.
Pourtant c'est bien la quotidienne courtoisie, dans son acceptation la plus large et la plus entière, qui est la première des solidarités réelles.


Zentropa
Tous les jours vers midi
Sur un vieux banc du quai de Bercy
Un petit cœur amoureux
Attend celle qui le rend heureux.
Il sourit sans cesse aux passants
Et se recoiffe nerveusement
Car c'est l'heure de la pause déjeuner
De sa belle et douce fiancée.
Il l'accueille d'un orage de baisers
Et se jette presque à ses pieds
Elle répond qu'elle n'a que peu de temps
Et que déjà son patron l'attend.
Il déclame de bien grands mots
Rêve de maison et de berceaux
Comme devant une farce, elle sourit
Mais jure partager toutes ses envies.
Enfin il croit pouvoir s'arrêter
Avoir atteint la précieuse hyménée
Il ne sait pas que ce n'est qu'un jeu
Fait pour meubler les moments creux.
La récréation est maintenant terminée
Au glorieux bureau il faut retourner.
Et tandis qu'il range ses images pieuses
Elle part baiser sur la photocopieuse.
Tous les jours vers midi
Sur un vieux banc du quai de Bercy
Un petit cœur malheureux
Pleure celle qui le rendait heureux.
Face au vide il ne comprend pas
Voudrait savoir pourquoi les gens font ça
Et son cœur vaste comme l'éternité
Se met à haïr l'entière humanité.
Il fume les clous de son tombeau
En contemplant le fil de l'eau
Il n'a plus la force de se lever
Et ne sait plus vers où marcher.
Un beau jour vers midi
Du parapet du pont de Bercy
Un petit cœur couvert de bleus
A ce bas monde a dit adieu.


« La rencontre d'un homme de caractère supérieur change en certitude la foi que nous avions dans un idéal. Les croyances les plus nobles dans le mérite de l'être humain gardent quelque chose d'arbitraire et d'un peu oiseux, tant que rien, dans notre expérience, n'est venu les vérifier. Il est vrai que nous avons toujours, pour y appuyer notre foi, les témoignages certains que les grands hommes ont laissé d'eux-mêmes, dans les arts ou dans l'histoire ; mais la différence est extrême d'évoquer ainsi d'éclatants fantômes ou de voir, pris, avec nous, dans la médiocrité des jours, celui qui, par sa seule existence, nous est un garant de la grandeur humaine. Nous nous rappelons ensuite ses yeux et sa voix. Notre âme et notre corps peuvent tous les deux parler de lui. Du moment que nous avons ainsi touché la supériorité réelle, nous ne saurions plus être dupes de rien de vulgaire. Nous gardons une règle d'or qui nous sert désormais à mesurer toute grandeur vraie, comme à briser toute grandeur fausse.
Et si la faveur du sort va plus loin et qu'un tel homme soit notre ami, rien ne se compare à une telle fortune. Le grand bienfait d'un homme supérieur consiste à nous enchaîner à ce que nous avons de plus haut. »
Abel Bonnard, « L'Amitié », 1928.

Un fanzine est une sorte de journal associé à un certain type de mouvement (souvent underground) et tiré avec les moyens du bord (Do It Yourself).
Un fanzine est un support assimilable aux brochures puisqu'il est composé souvent de feuilles photocopiées reliées entre elles. Néanmoins la différence est que le fanzine a généralement la prétention de sortir plusieurs numéros.
Les formats sont variés, mais le plus répandus est le format A5 (feuille pliée en deux) étant le plus facile à mettre en place et à transporter/distribuer, néanmoins beaucoup de formats sont possible (A6, feuille pliée dans le sens de la hauteur, rond, A4...).Généralement le fanzine a une qualité d'impression médiocre, celle-ci dépendant beaucoup de la maquette originale qui peut être réalisée par différents moyens (à la main, à la machine, à l'ordinateur...) et de la façon de reproduire (photocopieuse, feuille de carbone...). Certains fanzines néanmoins arrivent à atteindre une qualité supérieure en utilisant du papier glacé et en louant les services d'un vrai imprimeur. On parle alors de prozine.
Les thèmes abordés dans les fanzines sont aussi divers que variés, néanmoins on remarque que généralement ceux-ci se développent dans des milieux "underground" où la presse officielle n'a pas encore trouvé bon de s'installer, les fans sont alors en mesure de devenir leur propre source d'information. La scène faf a depuis toujours utilisé le fanzine pour se développer et communiquer. On retrouve généralement dans les fanzines le même type de contenus : interviews, chroniques de disques, scène report, dessins/collages, articles politiques...
Pour se propager les fanzines utilisent un véritable réseau. Les fanzines entre eux se chroniquent, permettant au lecteur de l'un de prendre connaissance d'un autre, des distros s'occupent de centraliser le maximum de fanzines et de les revendre lors d'évènements (concerts) ou via une liste de diffusion. Les lecteurs ont également la possibilité de commander les fanzines par la poste. Aujourd'hui avec l'arrivée d'Internet il est même possible de télécharger les fanzines pour les imprimer chez soi, le DIY poussé à l'extrême.



"Depuis deux siècles, la doctrine sociale de l’Eglise n’a cessé de stigmatiser les méfaits de la concurrence sauvage (Quadragesimo anno 1931) et les défauts du libre-échangisme (Populorum progressio 1967), de critiquer le principe de non-intervention de l’Etat, de rejeter l’idée de propriété privée absolue et de réaffirmer le primat du bien commun (« la liberté des échanges n’est équitable que soumise aux exigences de la justice sociale »).
Comme le dit encore Jean-Paul II , « il y a un risque de voir se répandre une idéologie radicale de type capitaliste qui refuse jusqu’à la prise en considération des besoins humains comme tels, admettant a priori que toute tentative d’y faire face directement est vouée à l’insuccès, et qui, par principe, en attend la solution du libre développement des forces du marché » (Centesimus annus 42). […]. Jean-Paul II a dit aussi,toujours dans Centesimus annus, qu’ « on ne peut accepter l’affirmation selon laquelle la défaite du « socialisme réel » comme on l’appelait, fait place au seul modèle capitaliste d’organisation économique ». C’est un propos qu’on peut méditer."
A. de BENOIST, C'est-à-dire, Vol. II., Paris, p. 102-103.


« Si je pensais que la tradition de l’ordre monarchiste chrétien ne subsiste plus que dans la mémoire d’un petit nombre de privilégiés, je n’insisterais pas : l’air des musées me fait mal et celui des petites chapelles m’écoeure.
Mais je crois cette tradition encore vivante, bien que méconnaissable, au plus profond de notre peuple ».
G. BERNANOS, « Nous autres Français » cité dans Paul Serant, Les dissidents de L’action Française, (G. Valois, L. Dimier, J. Maritain, G. Bernanos, R.
Brasillach, T. Maulnier, C. Roy), Paris, Copernic, 1978, p.130.

