
"Qu’est-ce qu’en effet que le fascisme ? Un socialisme affranchi de la démocratie. Un socialisme libéré des entraves auxquelles la lutte des classes avait soumis le travail italien. Une volonté méthodique et heureuse de serrer en un même « faisceau » tous les facteurs humains de la production nationale : patrons, employés, techniciens, ouvriers. Un parti pris d’aborder, de traiter, de résoudre la question ouvrière en elle-même, toute chimère mise à part, et d’unir les syndicats en corporations, de les coordonner, d’incorporer le prolétaire aux activités héréditaires et traditionnelles de l’Etat historique de la Patrie, de détruire ainsi le scandale social du prolétariat. […]
Devant les résultats de cette politique de la main tendue, il est normal que les démocraties, ayant adopté la formule du poing tendu, se soient donné pour mot d’ordre « l’antifascisme » : leur plus grand intérêt vital est d’empêcher tout faisceau national de se former pour éteindre ou réduire les compétitions dont elles vivent. C’est pourquoi je conclus que nul ordre social ne naîtra ni ne pourra naître si l’on ne commence par arracher le monde ouvrier à la démocratie, après s’y être arraché soi-même, j’entends le bourgeois, beau premier."
C. MAURRAS, Mes idées politiques, (1937), Lausanne, L’âge d’homme, 2002, p. 63-64.


Georges Laffly (http://www.rivarol.com)
Curzio Malaparte est mort il y a cinquante ans, le 19 juillet 1957. Il fut le chroniqueur étincelant des années 1930 et de la deuxième guerre mondiale, avec Kaputt et surtout La Peau, ce chef-d’œuvre. La Peau, c’est l’oraison funèbre de l’Europe.
“Le drapeau de l’Europe”
Deux fois, en Ukraine en 1941 et le 6 juin 1944 à l’entrée des Américains dans Rome, il vit un homme écrasé sous un tank. Il ne restait ensuite qu’un tapis de peau humaine. “Voilà le drapeau de l’Europe”, dit Malaparte, le symbole d’un continent gavé de massacres pendant cinq ans, et dont il ne reste que ruines, le symbole aussi de la fin d’une civilisation.
Il est facile de répondre que l’Europe s’est reconstruite matériellement, et a connu depuis ce temps une prospérité inégalée. Une Europe politique s’édifie, dit-on. Apparence qui ne doit pas nous tromper. On pense au mythe d’Osiris, dont le cadavre est découpé en morceaux par Seth, qui les disperse un peu partout. Isis, l’épouse, retrouve un à un ces morceaux et reconstitue le corps. Il n’y manquera que le membre viril. Il semble bien qu’un élément vital soit perdu dans cette Europe qui aurait pu être bolchevisée tout entière, qui est américanisée, sans volonté propre, et qui pastiche les Etats-Unis en vrai dominion. La Peau explique très bien qu’on en soit arrivé là. Les récits qui le composent partent de Naples en 1943, livrée à la plus profonde misère, sans pain, avec la prostitution des enfants eux-mêmes, et une explosion d’homosexualité. Une jeunesse égarée, avec “une obscure tendance à transformer les idéals de liberté qui semblaient être ceux de la jeunesse d’Europe, en désirs de satisfactions sensuelles, les exigences morales en refus de toute responsabilité, les devoirs sociaux et politiques en vains exercices intellectuels et les nouveaux mythes prolétariens en les mythes ambigus d’un narcissisme dévié vers l’autopunition” (repentance !) Ajoutons ce que Malaparte dit ailleurs sur ces jeunes gens, bourgeois ou prolétaires, qui “faisaient de la pédérastie en croyant faire du communisme” et on a un tableau qu’il ne faut pas réduire à Naples. Quelques mois plus tard il vaudra pour Rome, Paris (l’esprit des caves de Saint-Germain des Prés était-il si différent?), pour toutes les grandes villes européennes.
Cette débâcle, ce désespoir naissent évidemment des ruines mais aussi du sentiment d’avoir été profondément trompé, par les propagandes, par tous ceux qui arboraient les vieux principes sans y croire, ces aînés qui avaient usé le capital de confiance dans l’esprit européen. “C’est la civilisation moderne, cette civilisation sans Dieu qui oblige les hommes à donner une telle importance à leur peau, dit encore Malaparte. On ne se bat plus pour l’honneur, pour la liberté, pour la justice. On se bat pour la peau, cette sale peau” (La Peau).
Il devient officier de liaison avec l’armée alliée. A ce titre, il croisera le général Guillaume, Pierre Lyautey et leurs tabors marocains. Guillaume, aux portes de Rome, rage de devoir laisser les Américains entrer les premiers. Cela revenait en effet au C.E.F. (corps expéditionnaire français) qui, soit dit en passant, était loin d’être composé seulement “d’indigènes”: les Pieds-noirs en formaient la moitié (mobilisés à 16% de la population) et les métropolitains, cadres de l’armée d’Afrique ou évadés par l’Espagne, étaient nombreux. Le dernier chapitre du livre montre Malaparte et ses amis arrêtant le massacre de jeunes fascistes, qui se comportent fièrement, par des partisans communistes qui les fusillaient sur le parvis de Santa Maria Novella, à Florence.
On dit: Malaparte exagère. Il en rajoute sur les horreurs de la guerre. C’est sans doute plus vrai dans Kaputt, livre brillant, bavard, d’un conteur pour grande soirée mondaine. Le déjeuner avec le général Guillaume et ses officiers comporte un aveu de ce genre. Ils ont lu Kaputt (à peine sorti depuis quelques mois !) et l’accusent de galéjer. Malaparte ne dit rien, puis montre sur son assiette de couscous les os des doigts d’un tabor dont on vient d’apprendre qu’il a sauté sur une mine tout près de là. La main perdue est tombée dans la marmite et de là dans l’assiette de l’Italien. Voilà la preuve qu’il lui arrive toujours de l’extraordinaire. Mais, quand il repart avec son colonel américain, Malaparte avoue que c’est un tour qu’il a joué: les osselets étaient bien ceux d’un mouton, pas d’un homme. Il reconnaît implicitement que Kaputt grossit et noircit les faits. Il est vrai aussi que la cruauté dans cette guerre, et le sadisme, semblent avoir dépassé toute limite, et c’était sans doute le ton qu’il fallait prendre pour être compris du public, qui ferme volontiers les yeux.
Bien moins connu, son livre posthume, inachevé, Un Etranger à Paris. Il y revient après la guerre, lui qui aimait tant la France, et s’il y retrouve des amis, s’en fait de nouveaux avec Roland Laudenbach et Roger Nimier ; il est surpris à la fois de trouver une ville éteinte, triste, de mauvaise humeur et de se heurter à la gloriole résistante de gens qui n’ont guère fait pour la victoire alliée. Albert Camus au cours d’un dîner lui bat froid, convaincu d’avoir affaire à un ennemi du peuple, de la révolution et du reste. Il oubliait, ou ignorait, que Malaparte s’était engagé, à seize ans, en 1914, dans la Légion étrangère, et avait fini avec la croix de guerre et deux palmes — citations à l’ordre de l’armée (1). Camus n’avait pas autant de si belles références.
Malaparte, fasciste après cette guerre, s’est éloigné de Mussolini (qui l’envoya quatre ans aux îles Lipari pour son indépendance d’esprit), et, dans la deuxième guerre, ses reportages sur la Russie, La Volga naît en Europe, ont suscité la hargne d’Hitler. Mussolini, plus sage, disant: “Ce n’est pas un fasciste, c’est un écrivain.”
Voilà le fin mot de l’affaire. Malaparte, de Technique du Coup d’Etat au Bal du Kremlin, n’a jamais été vraiment un militant: écrivain d’abord. Il faut relever qu’il est mort proche du parti communiste italien, et plein d’illusions sur Mao (mais après tout, Giscard aussi). Et c’est une gauchiste enragée qui lui a le mieux rendu hommage en France, Maria Antonietta Macciochi (voir Le Monde du 24 juillet 1987). Contradictions qui sont le sort des écrivains libres dans un siècle noir pour la littérature.
Tous les livres de Malaparte ont été publiés en France par Denoël, sauf Technique du coup d’Etat, chez Grasset en 1931.
(1) Je laisse de côté le très mauvais mot parisien “Déjà Caméléon perçait sous Malaparte”. Je crois qu’on le doit à Francis Ambrière, prix Goncourt pour Les Grandes Vacances, où il raconte ses années d’oflag.


Zentropa
Au fond d'une ruelle
Près de La Chapelle
Un mendiant gisait.
Un marmot farceur
Et dénué de coeur
Cracha à ses pieds
Quel est donc ton nom ?
Demanda au garçon
Le vieillard insulté.
Je m'appelle Carrière
Dit la jeune vipère
En levant le nez.
Et comment te nomme-t-on,
Toi qui vis sous un pont
Pareil aux pourceaux ?
Je m'appelle Liberté
Et l'on m'a sacrifié
Aux pieds de ton berceau.

"La Méditerranée est le lac sacré de la civilisation. C’est sur ses rivages que s’arrêtent les peuples qui cherchent leur place au soleil. Qui les atteint sait que son destin est fixé. C’est le grand port d’attache des nations. Ses rivages, son arrière-pays sont les terres du travail pacifique et de la culture de l’esprit. Ses terres sont bénies : l’homme n’y est pas astreint aux tâches épuisantes qui lui interdisent la méditation et la contemplation de la nature. Les dessin de ses bords, son ciel, ses eaux, ses couleurs composent chaque jour de nouvelles fêtes pour l’œil, l’esprit et le cœur. L’esprit n’y est point serf des choses […]. Si l’esprit gallo-romain, si l’esprit chrétien conquiert l’univers, ils le doivent à cet enrichissement prodigieux que permettent, encadrent et soutiennent les conditions exceptionnelles de la vie autour du lac sacré. Sur ces territoires, l’esprit est d’une inlassable fertilité et il projette ses créations sur le sol qui sera toujours l’un des plus riches de l’univers."
G. VALOIS, La révolution nationale, Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1924, p. 145.


"Il semble que les meules de la sécularisation et de la déconstruction tournent quasi à vide, n’ayant plus guère à moudre. Les signes foisonnent d’un retour à la foi, une foi vive, raisonnée et joyeuse, par delà les anciens clivages, les vaines dérives, les « vérités trop habituées »."
Charles Péguy

"Beatty serra la main molle de Montag. Montag était toujours assis dans son lit, paralysé, comme si la maison était sur le point de s'écrouler sur lui. Mildred avait disparu du seuil de la porte.
- Un dernier mot, dit Beatty. Une fois au moins dans sa carrière, tout pompier est démangé par l'idée de savoir ce que racontent les livres. Oh ! Cette envie de se gratter, hein ? Eh bien, Montag, crois-moi sur parole. J'en ai lu quelques-unes dans le temps, pour savoir de quoi il retournait... Les livres ne racontent rien. Rien que tu puisses croire ou enseigner aux autres. Si ce sont des romans, ils parlent d'êtres qui n'existent pas, de produits de l'imagination. Dans le cas contraire, c'est encore pire. Chaque professeur traite l'autre d'idiot. Chaque philosophe essaie de brailler plus fort que son adversaire. Ils galopent tous dans tous les sens, obscurcissant les étoiles, éteignant le soleil. On en sort complètement perdu.
"Maintenant, supposons qu'un pompier, par accident, sans intention définie, emporte un bouquin chez lui."
Montag réprima un léger sursaut. La porte ouverte le regardait avec son grand oeil vide.
"Erreur bien naturelle. La curiosité, simplement, dit Beatty. Nous ne nous inquiétons pas outre mesure. Nous laissons le livre à celui qui l'a pris pendant vingt-quatre heures. Ensuite, s'il ne l'a pas brûlé de lui-même, nous venons le brûler pour lui."
- Bien entendu, dit Montag, la bouche sèche.


« Toute vocation est un appel – vocatus – et tout appel veut être transmis. Ceux que j'appelle ne sont évidemment pas nombreux. Ils ne changeront rien aux affaires de ce monde. Mais c'est pour eux, c'est pour eux que je suis né. »
GEORGES BERNANOS, Les grands cimetières sous la lune, Paris, Plon, 1948

« La révolution était achevée lorsqu’elle éclata : c’est une erreur de croire qu’elle a renversé la monarchie ; elle n’a fait qu’en disperser les ruines, vérité prouvée par le peu de résistance qu’a rencontré la révolution. La vieille France n’a paru vivante, dans la révolution, qu’à l’armée de Condé et dans les provinces de l’Ouest ».
CHATEAUBRIAND, « De la Vendée » (septembre 1819), Mélanges historiques, in Œuvres Complètes, Paris, Ladvocat, 1826-1831, 28 vol., t. III, p. 311-312.

Pour emblème, les JONS ont repris le joug et les flèches des rois catholiques. En 1469, lorsque Isabelle de Castille épousa Ferdinand d’Aragon, chacun d’eux choisit comme emblème un objet dont l’initiale serait celle du nom du conjoint : pour Isabelle, le faisceau de flèches (Fernando) et, pour Fernando, un joug ou yugo (Ysabel). Cet emblème était placé au centre du drapeau rouge-noir-rouge des JONS dont les deux couleurs étaient celles des anarchistes.




