martedì, 31 luglio 2007, ore 22:27

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martedì, 31 luglio 2007, ore 22:26

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martedì, 31 luglio 2007, ore 12:42



"Si on veut établir une distinction décisive, il ne s’agit pas d’établir une distinction psychologique entre l’art crée dans la joie et l’art crée dans la peine, entre la santé et la névrose, il faut établir la distinction qui sépare la réalité artistique et la réalité sociale. La rupture avec la réalité sociale, la transgression rationnelle ou magique est une qualité essentielle de l’art, fût-il le plus positif ; [il] se tient à distance du public même auquel il s’adresse. Quelques proches et familiers qu’aient pu être le temple ou la cathédrale pour ceux qui vivaient autour, ils exprimaient un contraste terrifiant ou sublime avec la vie quotidienne de l’esclave, du paysan, de l’artisan – avec celles de leurs maîtres également, peut-être.

Ritualisé ou non, l’art contient la rationalité de la négation. Dans ses positions extrêmes, il est le grand Refus – la protestation contre ce qui est. […].

Il a continué à vivre sous cette forme, en dépit de toute démocratisation et de toute popularisation, à travers le XIX siècle et au début du XX. La « culture supérieure » qui cultive cette aliénation de l’art, a ses propres rites et son propre style. Le salon, le concert, l’opéra, le théâtre sont là pour créer et évoquer une autre dimension de la réalité. Ils ont les mêmes caractères que la fête ; ils transcendent l’expérience journalière et tranchent sur elle.

Actuellement cette distance essentielle entre les arts et l’ordre de tous les jours est peu à peu abolie par les progrès de la société technique. Le grand Refus est refusé. L’ « autre dimension » est absorbée par le monde prévalant des affaires. Les œuvres de la distance sont elles-mêmes incorporées dans cette société et elles circulent comme parties et fragments du matériel qui orne et psychanalyse le monde prévalant des affaires, ainsi elles se commercialisent – elles se vendent, elles réconfortent ou elles excitent. Les défenseurs de la culture de masse trouvent ridicule qu’on puisse protester contre l’emploi de Bach comme musique de fond dans la cuisine, contre la vente des œuvres de Platon, de Hegel, de Shelley, de Baudelaire, de Marx et de Freud, au drugstore. Ils insistent sur le fait que les classiques ont quitté le mausolée et sont revenus à la vie, sur le fait qu’ainsi le public est éduqué. C’est vrai, mais s’ils reviennent à la vie comme classiques, ils revivent comme autre qu’eux-mêmes, ils sont privés de leur force antagonique, de leur étrangeté qui était la dimension même de leur vérité. Le but et la fonction de ces œuvres ont donc fondamentalement changé. Si à l’origine elles étaient en contradiction avec le statut quo, cette contradiction a maintenant disparu."

H. MARCUSE, L’homme unidimensionnel, (1964), Paris, Minuit, 1968, p. 88-89.

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martedì, 31 luglio 2007, ore 12:38

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martedì, 31 luglio 2007, ore 12:36



Début juillet, en Allemagne, des militants de la NPD manifestaient dans les rues tandis que des contre-manifestants s’y opposaient ; dans ce contexte, les journalistes ont quelquefois évoqué l’émergence d’un « Bloc Noir » de l’extrême droite, dont les symboles ne se distinguent pas aisément de ceux de l’extrême gauche.

Cette explication pourrait nous faire penser que ces journalistes veulent traiter d’un phénomène, observable et récurrent, celui du passage des idées politiques de la gauche à la droite, et vice-versa, ou de l’aveu de Joschka Fischer, ancien ministre des affaires étrangères de la RFA, qui vient de déclarer qu’il lisait Ernst Jünger (« Le combat comme expérience intérieure »), quand il jouait au guérillero dans les rues ; ces journalistes ont peut-être aussi voulu dire que les extrêmes finissent toujours par se rejoindre. En fait, « Bloc Noir » ou non, l’analyse nous démontre que la couleur noire a été le signe de la gauche révolutionnaire comme de la droite révolutionnaire.

Chronologiquement, l’usage du noir, comme signe politique, a d’abord été le fait de la gauche : lors de la Révolution de Juillet à Paris en 1830, on n’a pas seulement vu les partisans du drapeau « rouge » s’opposer aux partisans du drapeau tricolore ; au sein même de la fraction la plus radicale, émergea, à l’époque, un mouvement anarchiste, au sens le plus strict du terme, qui fit du noir sa couleur de prédilection. En 1848, Bakounine se range tout naturellement derrière un drapeau noir. Lors de la Commune, en 1871, des éléments très radicaux font à leur tour usage d’un drapeau noir.

Depuis les années 1880, des groupes anarchistes commencent à s’organiser dans bon nombre de pays européens et aux Etats-Unis : ce courant s’identifie à la couleur noire. On en vient alors à considérer, partout, que le noir est la couleur des anarchistes ; c’est donc en noir que combattent les troupes de Nestor Makhno après la première guerre mondiale pour une Ukraine indépendante. Les milices anarchistes espagnoles choisissent aussi le noir pendant la guerre civile de 1936-39.

Au cours du vingtième siècle, l’anarchisme perd rapidement de son importance. Son drapeau noir tombe dans l’oubli. Il ne renaîtra que lors de la révolte étudiante des années 60, d’abord aux Etats-Unis, ensuite dans le monde entier.

Les anarchistes interprètent l’usage du noir par leurs militants de manières différentes : les uns prétendent qu’ils reprennent un symbole traditionnel de protestation ; d’autres affirment qu’il s’agit du noir du deuil porté en souvenir des combattants tombés pour la Commune en 1871. D’autres encore, comme Howard Ehrlich, émettent la thèse que le drapeau noir représente la « négation de toutes les couleurs », et est donc le symbole du refus de toutes les formes de domination exercées sur l’homme.

Bien entendu, les anarchistes ne peuvent pas revendiquer le monopole du drapeau et de la couleur noirs : pendant l’entre-deux-guerres, il y eut des mouvements nationalistes qui choisirent cette couleur symbolique parce qu’elle recelait, à leur yeux, une dynamique révolutionnaire. Ce fut surtout le cas des fascistes italiens qui défilaient en chemises noires et portaient des drapeaux, fanions et étendards noirs.

Rien n’est clair quant à l’origine de la chemise noire. La thèse la plus plausible est qu’elle provient des uniformes des « arditi », unités d’élite italiennes de l’armée de terre, dont les soldats, après la Grande Guerre, ont souvent rejoint les partisans de Mussolini. Les « arditi » préféraient les chemises noires sous leurs vestes d’uniforme, parce que celles-ci leur donnaient un aspect particulièrement terrifiant. A rebours d’une thèse qui a également été émise, je ne pense pas que les fascistes aient choisi des chemises noires parce que les ouvriers d’Emilie-Romagne en portaient traditionnellement.

Beaucoup de petites formations fascistes reprennent la chemise noire à partir des années 20, copiant ainsi leur modèle italien. En Allemagne, la NSDAP préférait le brun pour les uniformes de ses formations politiques (même si les SS, avec leurs uniformes entièrement noirs, disaient appartenir au « Schwarzes Korps », au « Corps Noir »). Pourquoi avoir choisi le brun ? Sans doute parce que le noir avait déjà été accaparé par des mouvements nationaux révolutionnaires concurrents des nationaux-socialistes.

Immédiatement après la première guerre mondiale, les nationalistes, dans le Reich allemand, avaient hissé des drapeaux noirs pour protester contre les clauses du Traité de Versailles. Durant les années 20, bon nombre de groupes et groupuscules adoptent le noir comme symbole, notamment sous l’influence d’Arthur Moeller van den Bruck. Les principaux groupes qui optèrent pour le noir sont les fédérations de jeunesse (Jugendbünde), le Landvolkbewegung (Le mouvement du peuple des campagnes) et le mouvement « Widerstand » (= Résistance) du théoricien national révolutionnaire Ernst Niekisch. La dissidence de la NSDAP, que l’on a appelée le « Front Noir », utilisa aussi un drapeau noir.

Après la seconde guerre mondiale, les emblèmes noirs disparaissent presque totalement. Ils ne reviendront que dans les années 90, quand des « Kameradschaften » militantes de l’extrême droite réapparaissent dans les rues d’Allemagne : elles ont puisé, pour créer leurs symboles, dans les vieux fonds des traditions nationalistes. Elles ont découvert que le noir y avait eu son importance. D’où la notion de « Bloc Noir ». Ce « Bloc Noir » utilise le noir dans des variantes vestimentaires à la mode : sweat-shirts à capuchon, casquettes de base-ball, lunettes solaires noires ou à miroir.

Dr. Karlheinz WEISSMANN.
(article paru dans « Junge Freiheit », Berlin, n°30/2007).

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martedì, 31 luglio 2007, ore 12:16

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martedì, 31 luglio 2007, ore 12:07

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martedì, 31 luglio 2007, ore 11:51

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martedì, 31 luglio 2007, ore 11:50

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lunedì, 30 luglio 2007, ore 19:23

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lunedì, 30 luglio 2007, ore 19:21

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lunedì, 30 luglio 2007, ore 19:18

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lunedì, 30 luglio 2007, ore 15:16

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lunedì, 30 luglio 2007, ore 14:44

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lunedì, 30 luglio 2007, ore 14:38

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lunedì, 30 luglio 2007, ore 14:03


"L’empire de l’argent est un empire sans loi morale. Sa seule loi est le gain. Les hommes de l’argent n’ont pas intérêt à la puissance de nos patries. Ils ont intérêt à traiter avec un pouvoir faible, et si possible vénal. C’est pourquoi la démocratie est leur instrument. Tout pouvoir fort les menace, car il peut leur imposer ses lois. Tout pouvoir réel du peuple les inquiète, car il peut réclamer la justice. Ils aiment diviser pour régner. Le régime des partis leur offre cette occasion. Ils souhaitent un pouvoir constamment remis en question, des hommes qui ont besoin d’eux pour faire carrière."

Maurice Bardèche, Les Temps modernes, Les Sept couleurs, 1956.
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lunedì, 30 luglio 2007, ore 13:45


Zentropa

La pratique de plus en plus répandue du sabir « SMS », cette désarticulation des mots réduits à la transcription approximative de leur sonorité, participe plus sûrement à la disparition de la culture française que la prolifération des points de vente de Kebabs ou l'édification de mosquées, maux généralement dénoncés comme étant les stigmates les plus abominables de l'action délétère de la barbarie s'attaquant à notre belle identité.

Identité que nous aimons tant et si fort que nous n'hésitons pas à en martyriser quotidiennement l'un des principaux fondements, le langage, et son fidèle garde fou structurel, l'orthographe.

Car avant d'exiger de l'étranger un quelconque respect, il convient soi mêmed'en faire la démonstration. Pourquoi l'allogène aurait-il la moindre déférence pour une culture qui n'est pas la sienne et qu' il voit chaque jour foulée aux pieds par ceux là même qui sont nés en son sein et parfois même par ceux qui s'en prétendent les ardents défenseurs ?

Pour le langage, comme pour la femme, les institutions ou toute autre chose, ne peut être respecté que ce qui est respectable.

La langue, avec ses règles et ses complexités, bien loin de n'être qu'une simple convention sociale que certains n'hésitent pas à proclamer désuète, est un indispensable et irremplaçable instrument de perception, de transcription et d'interprétation du monde. Il est ce qui permet à chaque peuple de donner forme et vie aux spécificités et subtilités de son être, aux originalités et aux particularismes de sa vision et de son rapport au réel.

Car quelque chose, un sentiment, une idée ou un bien matériel, qui n'a plus de mots spécifiques pour être qualifiée ou expliquée n'existe tout simplement plus.

Ainsi, tous ceux qui, par veulerie, suivisme, conformisme, facilité ou passivité, usent pour (tenter de) s'exprimer de ces grotesques rébus déstructurés encore moins cohérents que l'écriture phonétique du quasi-illettré commettent un gravissime crime contre l'esprit et se rendent activement complices de la gigantes que entreprise de déculturation et d'indifférenciation conduite par la post-modernité libérale.
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lunedì, 30 luglio 2007, ore 13:27

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lunedì, 30 luglio 2007, ore 12:53

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venerdì, 27 luglio 2007, ore 14:38

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venerdì, 27 luglio 2007, ore 14:37

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venerdì, 27 luglio 2007, ore 14:25

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venerdì, 27 luglio 2007, ore 13:56


"Refuser l’Etat de Bien-Etre en invoquant des idées abstraites de liberté est une attitude peu convaincante. La perte des libertés économiques et politiques qui constituaient l’aboutissement des deux siècles précédents
peut sembler un dommage négligeable dans un Etat capable de rendre la vie administrée, sûre et confortable. Si les individus sont satisfaits, s’ils sont heureux grâce aux marchandises et aux services que l’administration met à leur disposition, pourquoi chercheraient-ils à obtenir des institutions différentes, une production différente de marchandises et de services ? Et si les individus qui sont au préalable conditionnés dans ce sens, s’attendent à trouver, parmi les marchandises satisfaisantes, des pensée, des sentiments et des aspirations, pourquoi désireraient-ils penser, sentir et imaginer par eux-mêmes ?"

H. MARCUSE, L’homme unidimensionnel, (1964), Paris, Minuit, 1968, p. 74.

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venerdì, 27 luglio 2007, ore 13:42

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giovedì, 26 luglio 2007, ore 14:31


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giovedì, 26 luglio 2007, ore 14:26

« L'ensemble de caractères communs imposés par le milieu et l'hérédité à tous les individus d'un peuple constitue l'âme de ce peuple.
Ces caractères étant d'origine ancestrale, sont très stables. Mais lorsque, sous des influences diverses, un certain nombre d'hommes se trouvent momentanément rassemblés, l'observation démontre qu'à leurs caractères ancestraux s'ajoutent une série de caractères nouveaux fort différents parfois de ceux de la race.
Leur ensemble constitue une âme collective puissante mais momentanée. Les foules ont toujours joué dans l'histoire un rôle important, jamais cependant aussi considérable qu'aujourd'hui. L'action inconsciente des foules, substituée à l'activité consciente des individus, représente une des caractéristiques de l'âge actuel. »

Gustave LE BON, introduction à la Psychologie des foules, 1895, Paris.
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martedì, 24 luglio 2007, ore 13:15

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martedì, 24 luglio 2007, ore 13:12



Zentropa

Assis sur l'unique banc de bois rongé par les gels successifs qui trônait au milieu du tout aussi unique quai de la petite gare de Souslova, je ne savais pas encore que, pour la première fois de ma vie, j'allais prendre le train.

Oh, bien sûr, j'avais déjà pris beaucoup de trains, généralement pour aller de nulle part à n'importe où, mais ceux-ci n'étaient jamais que ces gris transports à plus ou moins grande vitesse qui charrient avec une indifférence toute fonctionnaire un vague troupeau d'hommidés salariés, parfois –horreur supplémentaire- en vacances, déplaçant son ennui et sa vulgarité d'un point A à un point B, tous deux aussi insipides l'un que l'autre.

Bref je n'avais, jusqu'à ce jour, jamais pris le train.

L'épaisse fumée apparut au loin. A la simple vue de ces volutes d'un noir d'une incroyable profondeur on était secoué d'une incoercible envie de tousser bien que le train soit encore à une distance d'un bon kilomètre.

Lorsque, crissant et crachant, le monstre antique de ferraille glorieuse s'immobilisa enfin le long du quai, j'eus le sentiment d'avoir changé d'époque.

Ayant passé presque ma vie entière à courir après un tel sentiment, j'eus toutes les peines du monde à contenir une immense bouffée d'euphorie et les voyageurs qui m'observaient avec curiosité derrière les fenêtres légèrement embuées crurent sans doute voir un ravi de village irradiant de bonheur à l'idée de monter dans le grand tchou-tchou.

Sous mes pas, le plancher de bois du couloir desservant les compartiments ne craqua pas autant que je l'aurais souhaité mais cette légère déception fût rapidement compensée par la puissante odeur de tabac mêlée à des relents de café froid et de nourritures diverses.

En entrant dans le compartiment central, je m'attendais à trouver des poules en cages, caquetantes et survoltées. Je ne trouvais qu'une oie morte dont la tête inerte traînait dans la poussière du parquet. Ce n'était déjà pas si mal…

Assis sur la banquette habillée d'un mince coussin de feutre vert, je commençais à dévisager mes compagnons de voyage. « Compagnon » n'était d'ailleurs pas le terme le plus adapté aux visages fermés, bourrus et presque hostiles de ces gaillards dont le plus frêle serait passé pour un incroyable colosse dans les rues d'un Paris depuis longtemps transformé en réserve pour minets anorexiques à mèche sur l'œil étroitement cornaqués par quelques bandes d'exotiques adeptes des salles de gym et de la virilité MTV.

Une seule présence féminine dans la petite pièce mais qui suffisait à l'illuminer. Une beauté. Une vraie beauté. De cette beauté que ne pourront jamais approcher les occidentales, une beauté exempte des germes de sa future négociation sur le grand marché de la séduction et de la sexualité. Une beauté légèrement abîmée par le travail et qui n'a qu'une conscience limitée d'elle même.

Une beauté calme et sereine, presque résignée.

Elle ne devait pas avoir 25 ans et tricotait avec une attention et une ardeur soutenues qui lui faisaient légèrement plisser les yeux.

On ne pouvait raisonnablement que tomber immédiatement amoureux. De cet amour violent et pur qui est le propre du rêve éphémère et un peu idiot.

Il n'y a peut être que comme cela finalement que l'on peut vraiment aimer les femmes. Sans les connaître et surtout sans les fréquenter. En les regardant sans rien dire et en imaginant que leur nature est un peu moins intrinsèquement corrompue que sous les latitudes où la féminité a été définitivement enterrée sous un déversement insane d'egos névrosés.

Le bruit des machines devenait peu à peu entêtant. L'infernale virginité des immensités blanches accompagnant le voyage poussait à la plus extrême mélancolie.

J'eus rapidement les larmes aux yeux. De ces larmes qui apaisent en torturant, comme une précieuse soupape lacrymale.

J'avais fuis. Fuis le plus loin possible tout en sachant bien qu'on n'échappe jamais à soi-même.

Mais dans ce tortillard improbable perdu dans une steppe sans nom, j'avais trouvé un refuge. Un refuge parmi ces gens qui n'espèrent pas plus qu'ils ne prétendent, qui ne cherchent ni à paraître ni à mimer plus ou moins adroitement des rôles imaginaires taillés pour d'autres, et qui se contentent de vivre, de travailler et d'aimer, attachés à leurs devoirs immémoriaux et à leur foi, dans l'immuable certitude de la Tradition.

Chacun sa place, si modeste soit-elle, sa fonction, son petit bout de terre, ses responsabilités, ses anciens à protéger et ses enfants à nourrir… Et pour scander ces existences de peines et d'abnégation, des veillées emplies de danses et de chants…

Non pas ces danses épileptiques et individuelles qui ne sont que pathétiques parades à vélléités copulatoires mais de grands embrasements collectifs, des cérémonies d'union et de partage… Et non ces chants qui ne sont que les gémissements piteux et inutiles produits par les affres minuscules de bourgeois épuisés, mais des chants intemporels et grandioses, connus par cœur par chacun et qui sont l'illustration joyeuse ou déchirante d'une âme collective…

Des vies humbles et immenses désormais inatteignables pour l'égoïsme mégalomane des armées d'anciens hommes peuplant les dépotoirs occidentaux et n'ayant plus d'autre valeur que celle indiquée sur leurs feuilles de paye.

Je serrais les dents pour ne pas pleurer d'avantage. J'aurais voulu être autre chose qu'un petit soldat d'une de ces armées. J'ai longtemps rêvé l'être. Et puis j'ai compris que la faiblesse insigne de mon caractère, cette boule d'angoisse permanente qui me rongeait sans pitié l'estomac, ne m'autoriserait jamais à être autre chose qu'un témoin... Or la lucidité sans l'action est la plus indigne des tares. Alors j'étais parti. Juste pour ne pas mourir de honte… Et puis voir un peu des hommes, savoir au moins à quoi ça ressemble…

Des hommes sans meetic, sans msn, sans marques de fringues, sans gel dans les cheveux, sans épilation du torse, sans I-pod, sans écrans plats, sans piercing, sans téléphones portables, sans Sicav, sans psychanalystes, sans « plans teufs », sans « voyages discount », sans cet ennui trop nourri qui colle aux baskets tendance…

Je voulais voir. J'avais vu.

De la saleté, de la violence, de la peur… beaucoup… comme ailleurs… mais aussi cette incroyable lumière de granit de l'homme qui n'est pas réduit à son individualité.

Une servitude choisie, intégrée, acceptée, qui donne du sens, une responsabilité à chacun dans un ensemble historique gigantesque.

Ne pas être qu'un homme qui gratte la terre pour toucher un salaire mais un paysan qui laboure pour nourrir un empire, un royaume, un peuple, des princes, des écrivains, des savants, des prêtres, des soldats et des fous…

N'être pas un atome mais un maillon.

Le train ronronne maintenant comme un corps gigantesque digérant peu à peu des centaines d'organismes qui fondent leurs souffles dans le sien.

Il s'avance dans la forêt. La plupart des paysans à mains d'étrangleurs se sont endormis. Seule veille encore la douce beauté bientôt fanée qui s'active toujours sur son ouvrage.

Les silhouettes torturées des arbres morts donnent l'illusion d'une charge de cosaques démoniaques.

On échappe rarement totalement aux clichés…

Il n'y a maintenant plus de rails, le train s'enfonce dans la neige jusqu'au ras des fenêtres… Il ne ralentit pas… La lune guide la locomotive sans chauffeur…

Je fume une cigarette. Je suis presque bien.

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martedì, 24 luglio 2007, ore 13:09

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martedì, 24 luglio 2007, ore 13:08

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